1 oct
Article N° 21
__ 17 h 27

La santé dévoilée

S’il ne fait aucun doute que l’inflation des prix à la consommation est à présent maîtrisée, ce n’est pas encore le cas des dépenses de santé. L’impact économique est doublement visible : dans la croissance à la fois des déficits du régime général d’assurance maladie et des cotisations des mutuelles. Celles-ci, toutes choses égales par ailleurs, vont rapidement devenir insupportables pour les assurés par le double effet de l’augmentation de la consommation et du désengagement incontournable du régime de base.

L’Etat, seul acteur à prendre ses responsabilités dans un secteur où la défausse est de mise et le déficit financier en compétition avec celui des idées, ne sait plus, dans sa quête de la panacée, à quel saint s’adresser pour être exaucé. Difficulté supplémentaire : le système est de plus en plus coûteux et les Français sont de plus en plus insatisfaits de l’écart entre la production de soins et leurs attentes.

Les partenaires sociaux et les responsables politiques n’ont trouvé jusqu’ici que le recours aux débats d’idées, très en vogue dans notre pays, mais souvent peu productifs, même si leurs thématiques sont des réalités en soi : inégalités génétiques, sociales, influence de l’environnement sur la santé. Depuis bientôt quarante ans, ceux qui pourraient exercer une influence, voire une inflexion sur une question pourtant majeure, se révèlent inopérants.

Mais la France n’est pas complètement isolée dans ce nouveau défi de notre temps. Les deux grands systèmes de santé qui ont prévalu en Europe, celui de Bismarck en Allemagne, que nous appliquons en France, et celui de Beveridge en vigueur dans le monde anglo-saxon, sont sur une fin d’histoire faute d’inspirateurs crédibles de changement.

Les experts multiplient les avis, plus que les mises en garde, mais leurs conseils sont rarement mis à exécution. Pour autant, quelques-uns, comme l’économiste canadien Robert Evans , osent exprimer qu’il se pourrait que les sociétés occidentales se soient engagées sur de fausses pistes en investissant massivement sur les systèmes de soins dits curatifs, au lieu de s’attaquer aux vraies causes sociales, environnementales, économiques…Une voie de réflexion intéressante qui n’assimilerait plus systématiquement la santé aux soins et serait susceptible de nourrir une autre vision des financements.

Un autre économiste, Joseph Newhouse , dans un article fondateur de 1977, expliquait que le niveau de revenus justifiait 92% des écarts de dépense de santé entre pays, et en concluait que les soins de santé étaient un bien de luxe. En France, ce bien est, non sans risque pour la pérennité de l’Assurance Maladie, mutualisé à outrance avec par exemple pour résultat que 5% des assurés sociaux consomment 60% des prestations totales. A moins de revenir à un système soviétique, le risque d’explosion faute de financement supplémentaire est à notre porte et l’on ne pourra pas faire supporter durablement l’intégralité de ces charges, dont la justification en soi est une problématique, à l’ensemble de la collectivité. L’analyse de Newhouse, en prenant acte que les soins de santé sont un bien de consommation comme un autre et en écartant de ce fait du débat la socialisation des dépenses de santé, ouvre la piste d’une gestion de l’équité focalisée sur l’hygiène et de la santé privée et publique.

Ainsi, notre système de soins, frappé d’inertie, d’inégalité latente, et d’inefficacité nécessite un changement de paradigme.

L’ouvrage titré « La santé dévoilée, démêler le vrai du faux » qui vient d’être publié sur internet par la Fondation April Santé Equitable constitue une synthèse accessible à tous sur un sujet pourtant complexe. Après une analyse didactique des problématiques variées soulevées par notre système de soins, les auteurs dirigés par l’économiste de santé lyonnais Jean-Pierre Claveranne, se risquent à imaginer un changement des comportements passant par la volonté des individus. .Le constat est sans appel : nous sommes au bout du progrès par le soin

Pour sortir de l’impasse, les auteurs pointent la marge de manœuvre de chacun visant à changer ses habitudes de vie, les risques pris parfois sciemment avec sa santé. En fin d’ouvrage, et pour joindre la parole aux actes « La santé dévoilée » offre aux lecteurs un petit guide pratique de la santé citoyenne.

Et si nous devenions tous des entrepreneurs de notre santé en ayant pour elle la même attention que celle que nos portons à nos projets de vie ?

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