L’assurance continuera-t-elle à financer l’économie ?
Ceux qui prétendaient que l’évolution des règles de solvabilité des assureurs européens n’était qu’une question purement technique ne manquent pas de décevoir les professionnels qui viennent de faire leurs comptes dans le cadre de la dernière étude d’impact.
Si nous avons bien compris que l‘assurance devait payer un tribut à la dernière crise financière à laquelle elle n’a cependant pas contribué, de nombreuses interrogations émergent des débats autour du rôle des assureurs dans notre système économique.
En effet, plus de 50% des actifs des compagnies d’assurance sont investis dans l’économie notamment en portefeuille d’actions cotées ou non, d’obligations et d’immobilier. Les préconisations envisagées par la Directive « solvabilité II » portent sur le renforcement considérable des fonds propres en garantie de ces classes d’actifs avec deux conséquences majeures :
- La première sur l’environnement des affaires par le désinvestissement massif des assureurs de l’économie productive au profit des fonds souverains. A titre d’exemple, les montants engagés par les assureurs dans le capital-investissement a été plus que divisé par deux entre 2008 et 2010. Dans le même temps, la part des portefeuilles d’actions dans l’actif général a été divisée par quatre.
La reprise économique se produira grâce à un investissement conjugué de l’investissement et de l’emploi. Comment imaginer le développement de nos entreprises sans ce soutien au moment où les banques voient leurs propres contraintes de solvabilité s’alourdir également avec des conséquences déjà visibles sur le financement des bas de bilan ?
En outre, l’introduction d’un nouveau risque systémique dans la gestion d’actifs n’est pas à exclure. Tous les assureurs ayant désormais les mêmes comportements, qu’adviendra-t-il lorsque la classe d’actifs privilégiée sera en difficulté? Quelle sera la liquidité sur les obligations d’entreprises lorsque tous les assureurs chercheront à s’en séparer?
- L’autre conséquence fâcheuse est l’accroissement significatif du coût du risque pour le client final, voire de nouvelles discriminations exclusives face aux nouveaux risques que produit naturellement toute société de progrès. Les primes d’assurance verront tendanciellement leur taux remonter. Pour d’autres assurés, ce sera l’exclusion ou le tarif prohibitif, conséquence de la nécessité pour l’assureur de minimiser son risque et de rémunérer à un niveau acceptable les fonds propres mis à sa disposition.
Les assureurs européens ont pourtant bien traversé la crise, comme l’ont montré les études réalisées par le collège des superviseurs européens. Leur solvabilité n’a pas été entamée et les faillites des compagnies d’assurance ne sont qu’un vieux souvenir. L’application de nouvelles règles prudentielles qui leur est administrée, si elle trouve une certaine justification dans la volonté d’harmoniser les règles dans l’espace européen, est inappropriée, injuste et dangereuse.
Pour le moment, et à deux ans de l’échéance de mise en œuvre de la Directive, il semblerait que Gribouille l’emporte sur le bon sens.



