L’épineuse question de l’emploi des jeunes
Il semblerait que les partenaires sociaux aient placé cette année sous le signe de l’emploi des jeunes avec un objectif de mesures concrètes concernant le logement, le transport, la restauration, l’orientation et les stages. C’est à la fois une bienheureuse initiative et un programme ambitieux.
Selon une étude parue en février 2011 dans Enjeux Les Echos, « La France n’aime pas ses jeunes », c’est un jeune sur quatre (un sur trois dans les zones sensibles) dans la tranche des 16-24 ans qui est au chômage, un sur cinq qui vit sous le seuil de pauvreté, un sur trois qui estime occuper un poste sans qualification. Et cette question mérite de passer sans délai dans les priorités de tous au risque de voir une génération se révolter, à l’instar de ce que nous observons en ce moment en Afrique du Nord.
Le problème est qu’il en est des jeunes demandeurs d’emploi comme des jeunes entreprises. Les plus anciens, avec leur cortège de passifs sociaux, grèvent l’initiative des plus jeunes. Il n’est pas inutile de rappeler que les anciennes générations, celles des baby boomers notamment, ne se voyaient pas imposer de tels « impôts » par l’appareil social pour n’avoir que le droit de travailler.
Une nouvelle fois, comme sur la problématique des retraites, patrons et syndicats vont buter sur la quadrature du cercle des avantages acquis pour les uns et de la psychose de l’embauche à risque pour les autres. C’est ce qui faisait titrer en février 2011 Enjeux Les Echos « La France n’aime pas ses jeunes ».
On ne résorbera pas franchement le chômage des moins de 25 ans avec des recettes politiques ou syndicales éculées mais par un changement d’attitude de la part de tous ceux qui ont une part de responsabilité dans leur intégration dans le monde du travail.
En premier lieu, rien ne s’opèrera sans un retour à la confiance des adultes vis-à-vis des jeunes générations**. Les jugements péremptoires abondent sur leur niveau de connaissances leur aptitude et leur courage au travail, leur probité etc. Mon expérience d’entrepreneur m’a enseigné que le pari fait sur les jeunes en difficultés d’intégration réserve plutôt d’heureuses surprises et m’a montré que, par le jeu de la reconnaissance de ceux qui ont beaucoup reçu, ils deviennent souvent des éléments culturels très moteurs pour l’entreprise.
Ensuite, et puisqu’il s’agit aussi beaucoup de l’image des jeunes dans l’entreprise, il convient de s’attaquer à tout ce qui contribue à nourrir les perceptions négatives : qualité de l’enseignement scolaire et universitaire, pertinence et crédibilité des systèmes d’orientation, encadrement et efficacité des formations techniques, de l’apprentissage et de l’alternance.
Enfin, au risque de ne pas être révolutionnaire, reste l’épineuse question de l’adéquation entre les besoins des entreprises et les formations dispensées par le système éducatif. Depuis la dernière guerre, si des initiatives intéressantes ont été prises en matière d’apprentissage, par exemple, des formations universitaires totalement déconnectées du marché de l’emploi se sont des développées. C’est ainsi qu’un certain nombre de disciplines telles que les sciences humaines sont des usines à fabriquer de jeunes chômeurs.
La question de l’emploi de nos jeunes est à assimiler à la reconstruction d’un pays après une guerre. Un plan Marshall courageux s’impose, par lequel le pays doit redéfinir dans le plus grand consensus ses priorités économiques, sans que celles-ci ne soient dictées par les idéologies du passé. Ce sont des moyens financiers, certes, une fiscalité adaptée pour les entreprises, qui vont devoir se mobiliser, sans doute, mais par-dessus tout le changement de nos paradigmes socio-éducatifs.
Enfin, si la France n’aime pas ses jeunes, un certain nombre de ceux-ci n’ont pas appris à aimer l’entreprise, à s’y préparer, comme le montre une étude de l’institut Xerfi (vidéo de Laurent Faibis, Président de Xerfi***). Plus qu’un énième discours sur le « faire aimer l’entreprise », nous devons tous agir au quotidien pour cette réconciliation sans laquelle la France ne se développera plus. Ce travail a débuté grâce à la promotion de l’entrepreneuriat. Un sondage Opinion Way-KPMG , La génération Y face à l’entreprise, paru en septembre 2010 , révèle que 34 % des jeunes de 18 à 30 ans rêvent d’être entrepreneurs. En janvier 2010, l’Agence Pour la Création d’Entreprise (APCE) révélait que 47 % des moins de 30 ans envisageait de créer un jour une entreprise*. Ces résultats, en fort contraste avec ceux d’un sondage IFOP de 2005 qui donnait aux trois quarts d’entre eux l’ambition d’être fonctionnaires, ne traduisent-ils pas une saine attitude devant la défaillance du « tout état » ?
C’est la bonne nouvelle qui cache dans l’inconscient collectif une certaine confiance dans le futur, confirmée par nos performances en matière de natalité, le taux le plus élevé d’Europe. La France semble donc croire encore en sa progéniture.
*Chiffres publiés dans l’article Enjeux les Echos, « La France n’aime pas ses jeunes », février 2011.
** D’après l’article cité ci-dessus p .31, les patrons de PME estiment en majorité que les jeunes sont moins compétents, prennent moins d’initiatives et sont moins motivés que les générations précédentes.




« Quelle est la meilleure manière de traiter une mauvaise herbe ? en coupant la tige de quelques centimètres ou en s’attaquant à la racine ? »
Voilà comment on peut aborder le problème du chômage des jeunes et comment nos politiques décident de le traiter…
Les politiques et partenaires sociaux risquent de ne déboucher sur rien de révolutionnaire car ils ne s’attaquent pas au fond du problème qui se situe à mon sens bien plus en amont dans la chaîne « éducation – emploi »: la transmission du savoir, tant à l’école qu’en entreprise.
Nous pouvons synthétiser ce défi en deux parties :
1) refonder le système éducatif, « le mammouth »
Redonner un sens à notre système éducatif, rétablir sa fonction première qui est celle de transmettre des connaissances.
Cela passe par l’adaptation de ce système au monde actuel en stoppant, en particulier, le culte de la performance, dont les études récentes ne viennent que confirmer l’échec et renforcer la perversité de ce mode de fonctionnement.
Cela passe par des réformes de fond au sein de l’éducation nationale. Cette condition nécessite deux choses : courage politique (qui peut le faire ?) et capacité à réformer (problème du pouvoir des syndicats et des médias).
Car aujourd’hui l’on constate que le seul courage politique n’est plus l’unique condition à remplir pour faire bouger les lignes, mais que des parties prenantes qui pouvaient avoir le rôle de « gardes fous » à l’origine, exercent plus un rôle politique de contestation et de « pollution de débats » dans le but de conserver des avantages acquis et datant d’un autre âge !
Ce changement de fond dans le système éducatif ne pourra se faire que par l’évolution des mentalités et la mise en avant de ceux, et il y en a, volontaires pour la conduite de cette évolution et conscients des efforts à faire.
2) Arrêter avec l’élitisme à la française
Comment se fait-il que tant de jeunes se retrouvent au bord du chemin sans perspective d’avenir ?
Est-ce normal de n’avoir aucun espoir à 25 ans ?
« Pour faire tel métier tu feras telle école », voilà ce que l’on entend trop souvent …
Oui l’université est remplie de cursus qui ne sont pas adaptés au marché, mais à l’opposé qu’est-ce qui justifie de demander à des jeunes de faire plusieurs cursus ? Le monde et sa complexité ?
Je m’appuie sur ma propre expérience : jeune diplômé du l’université en finance, je désire exercer le métier d’investisseur sur Lyon et intégrer une société de capital-investissement, et là ? Impossible tant que l’on ne sort pas du MIF de l’EM Lyon…il faut une spécialisation, aucune société d’investissement ne prendra le risque autrement !
Alors oui l’argument est recevable, mais au fond est-il viable sur le long terme ? Combien de jeunes acceptent de compléter des Bac+5 avec d’autres formations, de collectionner les diplômes ?.
Il est urgent d’arrêter avec cette mentalité, oui le monde est complexe, mais justifie t-il cette exigence dès le départ ?
Il est grand temps que l’entreprise accepte de jouer sont rôle, de ne plus attendre du système éducatif de former des « produits standards » prêts à l’emploi : l’entrepreneur doit prendre le risque et accepter de former le jeune !
Il semblerait que nous soyons dans un pays de caste, où tout est fait pour que ceux qui répondent aux critères jouissent de ce système : je sors de l’EM Lyon je travaille en investissement, je ne recrute que des EM…on est tellement mieux entre nous, non ?
Grave erreur ! Quelle tristesse de n’avoir que les mêmes cursus…on s’appauvrit intellectuellement et renvoie une image désastreuse auprès de ceux qui ne peuvent accéder à notre « corporation ».
Nous pouvons remarquer dans les entreprises de certaines tailles une standardisation non plus des fonctions mais des Hommes : on tend vers une « homogénéisation des cerveaux » par fonction, en sélectionnant les gens à intégrer dans les équipes non plus uniquement sur leur cursus, mais sur le nom de leur école…
L’ouverture aux autres dont on peut encore profiter à l’école doit continuer en entreprise, s’enrichir de cursus divers, prendre le temps de se rencontrer, accepter de prendre ce risque d’embaucher des jeunes, de « mixer les profils » pour que les potentiels puissent s’exprimer pleinement. Mais pas besoin de lois ou contraintes, les mentalités doivent évoluer naturellement avec la prise de conscience.
C’est toute la chaîne de l’emploi qui doit évoluer, de la formation à l’entreprise.
Parce que oui, aujourd’hui la jeunesse se soulève dans les pays arabes, mais si nous ne changeons pas les mentalités rapidement, il se pourrait bien que notre jeunesse se réveille à son tour…