Le prix de la confiance
Selon Auguste Detoeuf , « Les peuples paysans ont hérité de la défiance, et cela les rend moins propres à s’adapter à la vie moderne. C’est peut-être ce qui gêne le Français dans la concurrence économique entre les nations » .
A mes yeux, il y a deux choses qui gouvernent le monde : l’amour et la peur.
J’ai rarement vu un entrepreneur réussir dans son projet la peur au ventre, ou à minima y parvenir en état de crainte. Peur de ne pas y arriver et de toutes ses conséquences au plan psychologique (estime de soi), social (jugement de l’entourage), économiques (perte de son emploi, amputation du patrimoine, dettes à rembourser….).
La sagesse populaire nous dit que la peur est mauvaise conseillère. Cela est vrai dans le domaine de la création d’entreprise. En réalité et au risque d’être simpliste, il me semble qu’il y a deux types d’entrepreneur : le planificateur et l’intuitif.
Le planificateur, qui, lui, fait confiance à ses modèles, met en œuvre les principes de planification stratégique appris dans les bonnes écoles (américaines surtout). C’est l’application du concept de prévisibilité basée sur des études supposées scientifiques et irréfutables. Si ce profil a été mis au point et a fonctionné au cours des Trente Glorieuses, il est inadapté à l’imprévisibilité et aux turbulences du monde d’aujourd’hui. Le planificateur a besoin de la rassurance que lui procure le plan.
L’intuitif, qui a d’abord confiance en lui, considère que les processus de pensée ne se réduisent pas à des modèles. Dans cette catégorie, nous trouvons de nombreux autodidactes, qui ont placé leur foi dans l’humain et ignorent la plupart du temps les modèles définitifs et les plans stratégiques à long terme. L’intuitif est au plus près du terrain, en embuscade pour faire évoluer le cas échéant sa stratégie à tout moment. L’intuitif avance avec confiance dans son environnement, ses employés, son marché, ses produits et… ses propres capacités.
Les entrepreneurs que j’accompagne au quotidien me demandent souvent ce qui a fondé la réussite d’entreprises comme April. Invariablement, ma réponse fait référence au comportement des dirigeants et au pouvoir d’attractivité de l’entreprise. Le projet d’entreprise comme son développement prend tout d’abord racine dans le cerveau de l’entrepreneur. Napoléon disait : « je fais les plans de bataille avec les rêves de mes soldats endormis »*. Cette « visualisation » préalable est l’étape incontournable pour le dirigeant qui exprime sa foi en l’avenir. Ensuite, dans la mise en œuvre, c’est un nouvel acte de foi (ou de confiance) qui est requis pour engager une stratégie, des hommes et des moyens financiers sur la route du risque.
Corollairement, la confiance d’autrui en l’entreprise et son dirigeant est le bien le plus précieux pour assurer la prospérité sur le long terme. Elle repose sur le respect des personnes et des engagements pris. Dans notre monde de coopération obligatoire et de mondialisation, elle ne souffre pas d’écart. Elle est ou elle n’est pas. C’est une loi universelle, n’en déplaise à Machiavel.
Confiance en soi, confiance en l’autre, amour de soi, amour des autres, essayez et vous verrez comme se dégage le doux parfum de la vertu !
*Cette citation a été, entre autres, reprise dans l’émission de Patrice Gélinet, « 2000 ans d’histoire », sur France Inter, « Les soldats de Napoléon », le 27 octobre 2010.
POUR ALLER PLUS LOIN
Le blog de Xavier Fontanet, « Si on faisait confiance aux entrepreneurs »




Pour diriger une entreprise la foi en l’avenir et en soi n’est-elle pas en effet une donnée nécessaire pour réussir ? Comment des entreprises en difficulté peuvent-elles être redressées sans cette confiance du dirigeant en sa stratégie et ses hommes?
Justement, le projet d’entreprise passe par la confiance que peuvent avoir les hommes de l’entreprise en leurs dirigeants. Sans cette confiance réciproque, comment l’équipe entrepreneuriale peut-elle se former?
Le premier seuil de la confiance est très certainement le respect des engagements pris et des hommes qui apportent leur confiance aux dirigeants. L’exemplarité n’est pas une méthode de management, c’est la seule…
Travailler en confiance, communiquer avec son équipe et l’impliquer dans des projets communs… tous ces éléments permettent d’assurer le bon fonctionnement d’une entreprise. Le dirigeant doit rester autant que possible à l’écoute de ses collaborateurs, de leur accorder du temps.
La prise en considération de chaque collaborateur est un facteur de motivation et de réussite collective. Comme vous le soulignez, son comportement est déterminant.