18 avr
Article N° 31
__ 16 h 03

Le défi des entreprises de taille intermédiaire

Il est maintenant admis que les PME ont une contribution très significative à la création d’emplois, comme l’a démontré la réunion organisée par l’OCDE, les 17 et 18 novembre 2010 sur « Les enseignements de la crise mondiale et la voie à suivre pour créer des emplois et soutenir la croissance ».

Il y a là une réponse possible à la lancinante question du chômage, en particulier celui des jeunes, qui nous préoccupe tous. Les comparaisons de nos performances en matière de création d’emplois sont éloquentes. Prenons deux exemples :

- A partir des données sur la création d’entreprise, une étude de l’APCE (Agence pour la création d’entreprises) du début d’année 2011*,  confirme que le nombre moyen d’emplois créés est de 2,8 en France, 6,6 aux USA, et 4,3 en Allemagne. Une autre étude, effectuée par le Cercle d’Outre Manche**, nous livre une analyse comparative France / Royaume-Uni, très intéressante sur l’évolution de l’emploi moyen des sept premières années d’existence des jeunes entreprises. Au terme de sept années, le rapport des emplois créés est de 1 à 4 en faveur des Anglais.

- La faiblesse du pays en matière de dynamique de création d’emplois explique partiellement un deuxième décrochage par rapport à nos voisins d’outre-Rhin et d’outre-Manche, celui du nombre d’entreprises de taille intermédiaire (ETI). La France affiche 4700 ETI contre 10 000 au Royaume Uni et 12 000 chez nos voisins allemands. Imaginons ce que serait la résorption du chômage avec 5 000 ETI supplémentaires employant seulement 500 salariés !

Le troisième indice de notre divergence est celui des exportations. Si les grands groupes du CAC 40 ont délocalisé la majorité de leurs activités, les PME, par construction, sont taillées pour l’export. La constitution du tissu économique par de grosses PME industrielles et exportatrices chez nos voisins allemands explique en grande partie leur succès et, corollairement, notre débâcle sur les marchés étrangers. Depuis 2000, la part de nos exportations rapportées à celles de l’Allemagne s’est effondrée de 37 % !

L’entreprise moyenne de croissance permet d’accueillir plus de jeunes en apprentissage avec des perspectives d’emploi stable, et assure un meilleur maintien de l’emploi des seniors plutôt rejetés par la grande entreprise.

La cause des PME est malheureusement assez peu défendue dans un pays qui scintille de quelques multinationales référentes, qui nourrissent partiellement notre fierté économique, tout en étant d’une stérilité déconcertante en matière d’emploi local.

Il faut s’interroger sur notre aversion au risque, notre goût immodéré pour la sécurité et les parcours professionnels balisés dans la haute administration et les grands groupes. Sans oublier, par ailleurs, le manque de motivation et de vision d’un nombre croissant d’entrepreneurs pour mener des parcours d’entreprises à leur terme. Le nombre de fondateurs entrepreneurs avec une famille encore impliquée dans l’entreprise s’est considérablement réduit depuis les années 50. Qui est venu relayer les Auchan, Michelin, l’Oréal, Pernod Ricard, Bouygues et quelques autres ?

Nous payons surtout le prix fort de la dévalorisation de l’image des entrepreneurs dans notre société et sa défiance envers l’environnement. Les Français ne comprennent pas leurs motivations, hâtivement associées à l’appât du gain. Les pouvoirs publics, les partenaires sociaux n’ont pas encore pris conscience de l’urgence et de la pertinence qu’il y aurait à plébisciter et encourager les entrepreneurs de la moyenne entreprise, en les associant à leurs programmes et leurs réflexions et prenant en compte leur spécificité. Comme celle des citoyens, la classe moyenne des entreprises est souvent victime d’un système qui ne prête son attention qu’aux extrêmes : la start-up et la grande entreprise.

Saluons cependant l’action exemplaire de certaines associations d’entrepreneurs telles que l’ASMEP- ETI créée par Yvon Gattaz, l’association Croissance Plus et ses jeunes entreprises innovantes, qui concentrent leurs énergies sur le développement vertueux et la pérennité des entreprises patrimoniales et responsables de taille moyenne pour les unes, et sur l’urgence de la croissance pour les autres. Ces initiatives, heureusement de moins en moins isolées, témoignent de la capacité du pays à se ressaisir.

Nous verrons dans une prochaine contribution quelles pourraient être les conditions concrètes d’une reconstitution d’un Mittelstand à la française…

*Etude réalisée par Opinion Way pour l’APCE le 25 janvier 2011, « Les créateurs d’entreprises et la création d’emplois »
** Etude du Cercle d’Outre Manche réalisée début 2011, « Le financement des PME, les business angels »

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