Entreprendre et faire confiance
23% seulement des entrepreneurs français pensent que notre pays encourage l’initiative et la création*, ce qui place la France en queue de peloton d’un sondage effectué pour le G20 des Entrepreneurs.
A titre de comparaison, 88% des Américains s’estiment poussés à l’initiative, et même 92% des Chinois et jusqu’à 98% des Indiens.
L’opinion des Français est à rapprocher de cette autre enquête : « En règle générale, pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres ? ». Seuls 22% des Français répondent positivement (Enquête World Value Survey de 2000).
La corrélation est sans appel : notre pays manque autant d’esprit d’entreprise, d’initiative économique que de confiance. Ce n’est une bonne nouvelle ni pour sa dynamique entrepreneuriale, ni pour la résorption de notre taux de chômage.
Le prix Nobel d’économie, Kenneth Arrow, pressé de donner son explication de la richesse des nations, a surpris la plupart de ses interlocuteurs en ne mentionnant aucun des facteurs économiques traditionnels. Sa seule réponse fut la confiance : « Virtuellement tout échange commercial contient une part de confiance comme toute transaction qui s’inscrit dans la durée. On peut vraisemblablement soutenir qu’une bonne part du retard de développement économique d’une société est due à l’absence de confiance réciproque entre ses citoyens. »
Je suis persuadé que l’entrepreneuriat apporte une bonne solution pour sortir des corporatismes et étatismes qui rongent notre pays et pour placer la France dans le haut du tableau des créateurs de richesses et d’emploi. Les entrepreneurs sont l’antidote du mal-être et de la défiance des Français.
Entreprendre c’est prendre le risque de faire confiance à ses clients, à ses employés et à l’Etat. C’est se projeter dans l’avenir sans méfiance. C’est engager des échanges mutuellement avantageux.
Une autre enquête**, réalisée, elle aussi, pour le G20 des entrepreneurs, livre deux conclusions essentielles. Selon les personnes interviewées, l’entrepreneuriat serait promis à un rôle majeur dans l’économie du XXIème siècle. Elles estiment par ailleurs que plus une économie est mature, plus son dynamisme entrepreneurial a besoin d’être stimulé.
De quoi inspirer ceux qui se préparent à gouverner le pays.
POUR ALLER PLUS LOIN
* Enquête Ernst & Young pour le Sommet des Jeunes Entrepreneurs du G20, Baromètre annuel de la confiance entrepreneuriale au sein des pays du G20, , Nice Côte-d’Azur, octobre 2011.
** Enquête Mac Kinsey, The Power of Many : Realizing the socioeconomic potential of entrepreneurs for the 21st century », octobre 2011.
Yann ALGAN et Pierre CAHUC, « La société de défiance », Rue d’Ulm, 2007.
Kenneth ARROW, « Gifts and exchanges », Philosophy and Public Affairs, 1972.
Françoise GRI, « La confiance, facteur-clé de la compétitivité », article du 3 novembre 2011.
Bruno ROUSSET, « Le prix de la confiance », article de du 16 mars 2011.



