Arbia Smiti : « Le pouvoir d’impacter la vie des gens »

En créant début 2020 Rosaly, une fintech socialement responsable, Arbia Smiti n’en était pas à son coup d’essai. Fondatrice en 2010 de Carnet de Mode, une place de marché pour jeunes créateurs (vendue en 2017), cette entrepreneuse avait déjà fait ses armes. Elle propose aujourd’hui avec Rosaly d’améliorer le bien-être financier des salariés en leur permettant d’accéder à un acompte sur salaire. Rencontre pour Valeurs d’entrepreneurs.

Valeurs d’entrepreneurs : L’entrepreneuriat est une voie que vous avez rapidement choisie, c’était une évidence pour vous ?

Arbia Smiti : J’en rêvais depuis toujours. Je suis d’origine Tunisienne, mes parents qui venaient de la classe très moyenne n’avaient pas de quoi me payer des études à l’étranger. Pour pouvoir partir, je devais exceller dans les études pour avoir une bourse. Ce que j’ai fait avant de commencer à intégrer de grands groupes. Puis, entre travailler pour une structure qui emploie des milliers de salariés ou être ma propre patronne, j’ai rapidement fait mon choix. C’est comme ça que je me suis lancée dans l’aventure entrepreneuriale, qui était en fait dans ma roadmap depuis toujours, avec le rêve un peu naïf, comme celui de nombreux enfants, de trouver une solution pour éradiquer la faim, la pauvreté, la guerre… 

C’est ce qui vous porte ?

En grandissant, on se rend compte qu’il est difficile d’apporter des réponses radicales. On devient alors moins exigeant avec soi-même, plus rationnel et pragmatique. On cherche comment à notre échelle, impacter avec des petites actions, pour solutionner une partie des problèmes. Mais oui le sens est ce qui me porte et peut-être plus encore pour ma deuxième aventure entrepreneuriale. J’ai mis un an et demi avant de trouver le projet qui me plaisait. Rosaly qui permet de venir en aide à des salariés qui ont besoin d’une avance sur salaire réunit business model viable et impact clair et concret. Aujourd’hui cette combinaison parfaite est difficile à trouver mais nécessaire. Quand on porte une entreprise dans l’économie sociale et solidaire, il est plus complexe de séduire des investisseurs.

C’est encore le cas aujourd’hui ?

Certaines mentalités sont encore très présentes dans l’écosystème entrepreneurial. 99% des investisseurs vont vers des typologies d’entreprises qui lèvent plus facilement de l’argent et émergent rapidement. Il y a aussi le profil de l’entrepreneur social, qui souvent, ne rentre pas dans l’équation business dès le départ, ce qui pose problème pour générer de l’argent.

Je pense toutefois que nous sommes au début d’un grand changement, d’une prise de conscience.

La notion d’impact est importante pour les générations actuelles et les retombées environnementales sont par exemple systématiquement prises en compte par les nouvelles générations. Et puis on attend la vague de l’impact social en lien avec la crise. Les entreprises ont un rôle majeur à jouer car elles disposent d’une liberté de mise en œuvre de solutions concrètes, rapides et efficaces. On l’a vu dans les différentes crises planétaires comme la récente épidémie. Elles doivent apporter leur pierre à l’édifice aux côtés des gouvernements. 

Comme le fait Rosaly ?

Le challenge est important car il s’agit impacter la vie de millions d’employés en Europe, en leur permettant de s’éduquer financièrement. Avec Rosaly, ils peuvent accéder à un acompte sur salaire quand ils veulent. C’est une manière de sortir des cercles d’endettement avec une alternative plus saine. Ma prochaine guerre : convaincre les entreprises que c’est leur rôle d’apporter ces solutions à leurs employés.