Du besoin de rêver

« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit au milieu des étoiles »*.

Dans mes activités d’administrateur de nombreuses sociétés, je rencontre régulièrement ce que l’on qualifie d’impasses stratégiques. La tentation du management consiste alors à se lancer alors dans une analyse approfondie de la situation de l’entreprise en privilégiant les voies opérationnelles pour en sortir, en général un catalogue de recettes, certes bien faites, mais déconnectées du projet global.

C’est particulièrement frappant de la part des dirigeants élevés dans les écoles de management ou issus des MBA sur le modèle américain. Ces écoles, qui dispensent des formations de grande qualité, omettent ce qui fait le ressort de la motivation des hommes : l’envie de rêver, de bâtir des projets destinés à changer la vie des consommateurs. Cette composante du management est si simple et si intuitive qu’elle ne trouve pas souvent sa place dans la rationalité de l’enseignement supérieur.

Inventer son futur, c’est transformer en profondeur l’organisation autour d’une vision partagée d’un monde meilleur. L’entreprise qui veut enthousiasmer et mobiliser ses collaborateurs et ses clients ne saurait le faire avec des matrices ou des boîtes à outils stratégiques. Dans une perspective « long terme », la prévision doit laisser place au rêve.

Le rêve a porté les grands projets contemporains, qu’ils soient politiques ou économiques.

Après deux guerres mondiales, les pères de l’Europe ont rêvé, puis mis en œuvre une communauté de pays, autrefois ennemis, avec l’ambition de construire pour la paix une civilisation européenne.

Pour Steve Jobs , il faut vendre du rêve pas des produits. Apple porte la vision d’un autre monde avant d’élaborer des processus scientifiques pour le management de ses ressources humaines ou celui de son couple produit/marché.

Dans ces deux exemples, il y a des passages de crise parfois salutaires, obligeant à repenser son modèle. Apple s’est merveilleusement remise de ses difficultés de 1996. L’Europe a déjà surmonté des crises de confiance et doit maintenant faire émerger un rêve d’union économique pour surmonter la crise de l’Euro.

Comme la France et les autres pays européens, les entreprises ont besoin du rêve et du désir dans leurs projets, préalablement aux réalisations concrètes. Ensuite viendront la mission, la vision et les objectifs.

Le rêve américain est une illustration pertinente pour le peuple de son pouvoir. A l’analyse, ce rêve collectif comporte trois ingrédients : la revendication de l’égalité comme valeur fondamentale, l’espoir d’un supplément d’âme et celui d’une vie confortable, le sentiment d’appartenance à une nation à nulle autre pareille. Ce rêve a porté l’Amérique depuis plusieurs siècles. Il est parfaitement transposable en entreprise en particulier lorsque celle-ci doit trouver un nouveau souffle à l’image de l’histoire d’Apple.

*Oscar Wilde