Christophe Catoir : « Ce qui fait la différence, c’est le capital humain »

Authenticité, confiance, engagement, responsabilité. Christophe Catoir a placé ses valeurs au cœur de son action au sein du Groupe Adecco France dont il est le président. Son propre parcours en témoigne, tout comme son engagement en faveur de l’emploi des jeunes. Pour le blog de Bruno Rousset, il revient sur ce qui l’anime au quotidien et développe sa vision du défi social de l’entreprise.

Quand, jeune stagiaire, vous avez rejoint le Groupe Adecco France il y a 22 ans, vous étiez sans doute loin d’imaginer que vous y feriez une carrière qui vous mènerait au poste de président. Quels ont été les moteurs de ce parcours ?

Christophe Catoir : Je racontais récemment à une promotion d’étudiants lyonnais : « Lorsque j’ai débuté au sein du Groupe, on m’a prédit  dix entreprises différentes au cours de ma carrière ! » J’étais diplômé d’une école de commerce et cela devait me permettre de réussir partout. Le parcours que j’ai eu en interne, j’aurais pu le faire à l’externe. Tout au long de ce parcours, j’ai eu deux moteurs : tout d’abord, la conviction d’exercer un métier qui a du sens, celle d’aider les personnes à trouver un emploi et d’accompagner leur trajectoire professionnelle ; ensuite, une volonté sans cesse renouvelée d’apprendre. J’ai eu la chance de rencontrer des patrons, des mentors qui m’ont beaucoup aidé et fait progresser. J’ai également eu la chance d’exercer beaucoup de métiers différents, dans une dynamique qui n’a pas toujours été verticale. Cela me permet aujourd’hui de comprendre l’entreprise dans toutes ses dimensions.

Qu’est-ce que ce parcours vous incite à transmettre aujourd’hui ?

Christophe Catoir : Le marché de l’emploi en France peut être très caricatural : il faut recruter des personnes qui ont déjà fait le même métier dans le même secteur d’activité. On imagine à quel point il est passionnant pour quelqu’un de se dire qu’il ne va pas évoluer… Pourtant, j’ai acquis une certitude : lorsque vous faites confiance aux jeunes, vous n’êtes jamais déçu. Les jeunes sont incroyablement surprenants dans leur capacité à faire des choses qu’ils n’ont jamais faites auparavant, à s’adapter. A condition de prendre le temps de les coacher, de leur faire des retours, et de ne pas se contenter de fixer des objectifs avec une prime ou une sanction à la clé. Le meilleur exemple, et j’y suis très attaché, est notre opération CEO for One Month. Il s’agit de recruter un ou une étudiant(e) qui va accompagner le dirigeant pendant un mois. Elle est déclinée dans une cinquantaine de pays. Ces jeunes d’une vingtaine d’années deviennent ainsi capables de prendre la parole en public, parfois devant plus de 500 personnes,  mais aussi auprès de décideurs économiques ou de représentants du monde institutionnel. Aujourd’hui, nous essayons d’embarquer d’autres entreprises dans notre démarche.

Avec succès ?

Christophe Catoir : Pour la première fois cette année, nous avons ouvert CEO for One Month à cinq autres entreprises. Quand leurs PDG ont passé une journée avec chacun des cinq étudiants finalistes, s’ils avaient encore un doute avant, ils n’en avaient plus après. Tout se joue dans cette rencontre entre les jeunes et le monde de l’entreprise, avec les dirigeants. C’est pour cela que nous prônons l’apprentissage qui permet de casser les a priori. Quand vous prenez le temps d’apprendre en marchant et en faisant, vous apprenez aussi à vous connaître. La vertu de l’apprentissage est bien de permettre à une personnalité de s’exprimer et de s’épanouir au-delà du diplôme. Cela ne fonctionne pas à tous les coups, mais sincèrement beaucoup de barrières se lèvent en très peu de temps. Les freins sont toujours là. En tant que cabinet de recrutement, nous constatons que  les fiches de postes s’articulent encore beaucoup autour du diplôme mais, petit à petit, les choses changent.

Au-delà de l’apprentissage, quels sont les autres leviers d’action pour rapprocher les jeunes de l’entreprise et de l’emploi ?

Christophe Catoir : Je crois beaucoup en l’école de la vie et en la diversité des talents. Pour les détecter, il faut autre chose qu’un cours magistral. Les écoles de commerce ont l’avantage de proposer beaucoup de travaux collectifs qui permettent aux étudiants d’exprimer leurs talents. Certains vont se découvrir extrêmement collaboratifs, communicants là où d’autres vont se révéler plutôt créatifs ou perfectionnistes. Or c’est la réalité de la vie. Si vous mettez mes garçons devant le même jeu de construction vous aurez au final des réalisations très différentes ! Leur talent n’est pas le même et il est probable qu’ils réussiront mais pas dans le même type de métier. Et certainement pas si je leur demande de faire un BAC S !

Comment faire évoluer cette situation ?

Christophe Catoir : Le problème est complexe. L’école primaire délivre les savoirs de base, lire, écrire, compter, sans lesquels l’insertion et l’accès à l’emploi sont très difficiles. Au collège, le potentiel de l’enfant commence à s’exprimer plus fortement. Comment, dès lors, identifier et valoriser les potentiels ?  Un professeur devrait être en mesure de dire, par exemple, « avec ce talent-là, ce jeune peut travailler dans un secteur en lien avec la communication, la collaboration ». Des associations vont plus loin pour rapprocher le monde de l’entreprise du monde scolaire. Je me suis par exemple beaucoup investi dans « Entreprendre pour apprendre ». Il s’agit moins d’intervenir au niveau de l’orientation professionnelle que de donner des clés de compréhension du lien entre école et entreprise. Et puis bien sûr l’apprentissage est un élément clé.

Quelle est la valeur fondamentale que vous placez au cœur de votre action de dirigeant ? Comment cela irrigue ce que vous souhaitez apporter aux collaborateurs du Groupe ?

Christophe Catoir : L’authenticité.  Rester fidèle à  ce qu’on est, à ses valeurs, et ne pas jouer un rôle. Cela permet de créer de véritables relations de confiance. J’aimerais que les collaborateurs puissent se réaliser, quelles que soient leurs motivations.  L’optimisme et l’envie sont des moteurs très forts dans une entreprise qui se veut collective. Il faut prendre du plaisir à venir chaque matin. Il faut laisser suffisamment de place aux collaborateurs pour qu’ils puissent surprendre et inspirer, créer un champ où peut se développer une dynamique entrepreneuriale.

En confiant des responsabilités, nous sommes rarement déçus.

Aujourd’hui, quelle est votre plus grande fierté ?

Christophe Catoir : Celle de concilier performance sociale et performance économique. Ce qui fait la différence au sein d’une entreprise et encore plus avec le développement des technologies, c’est le capital humain. Quand vous arrivez à gagner de l’argent tout en ayant un rôle qui fait du bien aux gens, c’est fabuleux. L’intérim a longtemps été associé à un emploi dégradé. Nous avons fait le choix de nous engager dans une flexibilité responsable comme le prouve la mise en œuvre du CDI intérimaire. Cette évolution est un vrai progrès.

Quel est le grand défi à venir pour le Groupe ?

Christophe Catoir : En tant que leader des services en ressources humaines,  nous devons répondre aux mutations du marché du travail, et notamment aux impacts de la robotisation et de la digitalisation. L’environnement de travail et les compétences changent, nous devons accompagner ces transformations. Les entreprises demandent de plus en plus de flexibilité. On le voit notamment avec le développement des free-lances, des contrats d’usage, des groupements d’employeurs…

Notre plus grand défi est de construire une flexibilité responsable, qui permette à chaque individu de ne pas la subir mais de développer son parcours avec elle.