Cédric Denoyel : « L’entrepreneur doit garder sa fraîcheur »

Après avoir développé sa société CAPSA, spécialisée dans le reconditionnement de containers maritimes, Cédric Denoyel met son expérience d’entrepreneur au service de H7 dont il assure la présidence. Ce lieu d’accueil des startups du numérique à Lyon héberge et accompagne de jeunes entreprises en croissance. Rencontre.

Valeurs d’entrepreneurs : Comment avez-vous vu évoluer l’entrepreneuriat ces dernières années, notamment chez H7 ?

Cédric Denoyel : Il a nettement changé et nous travaillons à cette évolution chez H7. Nous sommes aujourd’hui engagés dans un cycle où le sens est devenu une valeur fondamentale. Des gens quittent leur emploi en acceptant d’être moins payés, pour donner un sens à leur vie personnelle et professionnelle. On observe la même chose chez les entrepreneurs. La vague de création des startups, de démocratisation de l’entrepreneuriat, a permis à beaucoup de se lancer. Mais dans cette réflexion, il faut distinguer l’entrepreneur du patron. 

Quelles sont les différences entre ces deux profils ?

L’entrepreneur est quelqu’un qui crée de la valeur par rapport à une intuition, à des idées. Il peut paraître un peu fou, décalé. Le patron est plus associé à la notion de responsabilité, d’encadrement, de feuille de route. Ce qui fait qu’aujourd’hui, vous pouvez avoir des entrepreneurs qui ne sont pas des patrons. Et vice versa. Vous pouvez avoir des gens qui créent des entreprises, mais qui un jour cèdent leur place de dirigeant à d’autres qui ont un profil d’encadrement ou de patron.

Être entrepreneur ne s’apprend pas, le management et l’encadrement, si. 

L’entrepreneur n’est ainsi pas forcément appelé à devenir patron ? 

J’accompagne beaucoup de jeunes entrepreneurs. Or, je vois des entreprises grossir et leurs créateurs assurer des missions éloignées des choses qu’ils aiment fondamentalement faire et pour lesquelles ils sont parfois moins qualifiés, comme le management, les ressources humaines, l’administratif. Le patron ou le cadre supérieur peuvent prendre le relais sur ces sujets. L’entrepreneur est là pour avoir des idées, générer de la valeur, qui n’est pas uniquement financière. Il doit garder sa fraîcheur, sa créativité, son lien avec le sens, le courage. Porter l’entrepreneuriat au sens noble du terme, créer de la valeur, des emplois. 

L’environnement est également plus favorable aujourd’hui pour les entrepreneurs…

Oui, les institutions ont créé des outils pour faciliter la création d’entreprise, comme le statut d’auto-entrepreneur. Il existe aussi des incubateurs et des accélérateurs pour accompagner l’entrepreneur et lui rendre la vie plus facile. Il vit dans une sorte de cocooning.

Il y a 40 ans, quand on créait sa société, on était un peu tout seul.

Les entreprises ont désormais accès à de nombreux dispositifs d’accompagnement, mais l’abnégation et le travail demeurent des fondamentaux pour réussir. Et cet accompagnement ne doit pas être considéré comme un dû.

Cet accompagnement pose-t-il aussi la question du risque pour l’entrepreneur de perdre la main sur son projet ?

Bien sûr. Plus vous demandez de conseils, plus vous avez d’avis et plus la décision est difficile à prendre. C’est pour cela qu’il faut toujours garder en tête cette notion de sens, les valeurs fondamentales qui ont conduit à la création de l’entreprise. Vous l’avez créée parce que quelque chose en vous vous a poussé à le faire, parce que vous aviez envie de lancer un produit, de réaliser quelque chose. Plus vous avancez, plus il faut conserver cette dynamique initiale malgré les conseils qu’on peut vous donner. C’est pour cela que les échanges les plus intéressants pour moi sont les partages d’expériences, quand un entrepreneur parle à un autre entrepreneur. Je le dis souvent : « Chez H7, on ne fait pas grossir des entreprises, on fait grandir des hommes ».

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