Éloge de l’optimisme

La dirigeante fondatrice de Kalidea est dotée d’une capacité d’entraînement inouïe. En créant sa société en 2000, Sandra Legrand entraîne rapidement dans son sillage des business angels séduits par l’enthousiasme qu’elle dégage et son envie d’en découdre. Cette entrepreneuse est une fonceuse qui n’a même pas peur parce qu’elle a confiance, en elle et ses collaborateurs. Une coureuse de fond qui semble se régénérer dans l’adversité, clamant haut et fort que l’optimisme est de volonté.

Vous avez créé votre entreprise en 2000, Canalce (devenue depuis Groupe Kalidea) : qu’est-ce qui vous fait franchir le pas de la création d’entreprise ?

Une émission de télé ! Nous sommes en 2000, en plein bouillonnement des start-up et je regarde Capital qui présente des jeunes en train de lever des fonds. Je me suis dit alors : « Si eux réussissent, pourquoi pas moi ? » En fait, cette envie, je l’avais au fond de moi, depuis quelque temps déjà. Quand j’étais étudiante en Sciences éco puis à l’IAE, j’avais été hôtesse de l’air, équipier chez Mc Do. C’est là que j’avais porté mon premier projet : l’organisation des anniversaires, pour les enfants. J’avais travaillé sur le concept, les outils, le lancement et ça a explosé. A ce moment là, j’avais compris que croire à un projet, se donner à fond, être passionnée sont essentiels pour réussir. Ensuite, j’ai travaillé 11 ans chez Coca Cola où l’on est encouragé à monter ses projets, à les assumer. Au fil du temps, j’ai pris conscience de mon savoir-faire en la matière. L’émission a joué un rôle de déclencheur. Et j’ai décidé de créer une boîte avant même d’avoir un projet : il n’y a donc pas de règle, ça vient dans n’importe quel sens, l’entrepreneuriat ! L’envie est la première qualité.

Vous vous êtes finalement positionnée sur le marché des comités d’entreprises… comment expliquez vous que votre entreprise ait décollé aussi vite ?

J’ai passé au crible les circuits sur lesquels je travaillais, chez Coca-Cola, et pris conscience que le marché des CE existait mais n’était pas structuré. En outre, j’étais convaincue qu’Internet aurait un rôle à jouer sur ce marché, en offrant la possibilité aux salariés de commander directement, facilement, en se connectant 24/24h…Tout est allé vite en effet : j’ai maturé mon projet, quitté Coca-Cola, levé des fonds en juillet et lancé l’entreprise en septembre. Nous bénéficions d’un bon time to market : les salons CE commencent à la rentrée. Ensuite, j’ai de nouveau levé des fonds avec des business angels, d’autant que j’ai procédé à ma première acquisition dès 2001. C’était une opportunité. A saisir. Ce que j’ai fait : il ne faut rien s’interdire. Et quand on ne sait pas faire : il suffit de demander des conseils et savoir s’entourer de compétences !

Vous insistez toujours sur la nécessité d’être positif pour réussir : c’est la méthode Coué ?

Pas du tout. Il s’agit d’être foncièrement positif, volontaire, d’être convaincu qu’on va réussir… et de s’en donner les moyens ! Il faut aller chercher l’énergie que l’on a en soi, être solide, en bonne santé… et c’est un peu inné ! En revanche, certaines choses s’apprennent. Quand j’ai créé Canalce, je n’étais pas un as en comptabilité-gestion : j’ai appris. Mais j’avais l’esprit commercial et ça, c’est essentiel : on passe son temps à vendre aux business angels, aux investisseurs, aux clients, aux fournisseurs, à la presse, aux banques, aux candidats… Si l’on n’a pas cet esprit là, il faut s’associer à quelqu’un qui l’ait !

Et cette positivité irradie votre management ?

Au début, il est arrivé que des collaborateurs arrivent dans mon bureau pour se plaindre ou m’expliquer que beaucoup de choses étaient impossibles. Maintenant, celui qui entre vient avec une problématique et une solution ou, au moins, l’envie de trouver une issue ! Pour ma part je me fixe quelques règles. Déjà, je me fais fort d’être toujours de bonne humeur. Et si ça n’est pas le cas, je me fais un devoir de changer d’état d’esprit. D’autre part, je suis sur le terrain : j’accompagne mes équipes, je sais qui s’occupe de quoi, quels dossiers sont en cours, j’ai un mot pour chacun et les collaborateurs sont valorisés de n’être pas anonymes. Je tourne aussi avec mes commerciaux, chez les fournisseurs, les clients… En outre, je sais partager les moments de joie. Nous organisons des stand up success stories meeting : autour de chips-coca, nous partageons les bonnes nouvelles et tout le monde prend conscience qu’elles sont nombreuses, baigne dans une énergie positive et chacun en ressort regonflé. Nous organisons aussi deux grands kick off dans l’année, pour présenter notre stratégie de lancement des nouveaux projets et des objectifs. Je me rends disponible : mon bureau, mon mail, mon agenda sont ouverts. Je m’attache à être bienveillante et inspiratrice. J’ai à cœur de toujours mettre en avant mes équipes, ce sont elles qui font le succès au quotidien.

Vous avez porté votre projet de création d’entreprise seule, mais, très vite, vous avez rejoint des clubs, réseaux… : qu’est-ce que ça vous a apporté ?

On m’avait mise en garde contre la solitude, l’isolement de l’entrepreneur. J’ai donc pris le parti de rejoindre en effet des cercles d’entrepreneurs et c’est fantastique : on peut parler de grande famille entrepreneuriale car les entrepreneurs sont très solidaires entre eux. Dans ces clubs et associations, on échange, on se rassure car nous rencontrons tous les mêmes problèmes de cash, de crises humaines, de recherche de partenaires… Et je suis vice-présidente de Croissance Plus pour m’investir dans tous les débats qui font avancer la croissance des entreprises en France.

Et un jour, vous avez écrit Entreprendre, un peu, beaucoup, passionnément… [i], …pour partager à votre tour ?

C’est une aventure tellement extraordinaire, de créer son entreprise, c’est tellement de joie, de fierté, d’enthousiasme, de liberté ! En outre, comme je suis une femme et que les femmes sont peu nombreuses à franchir le pas et, surtout, à faire de la croissance, je voulais témoigner -notamment vis à vis de toutes celles qui, un jour, se posent la question d’entreprendre- que c’est possible. Dans ce livre, j’ai voulu montrer aussi comment les vies de dirigeante d’entreprise et de femme sont mêlées, quand il faut gérer l’organisation sur tous les fronts, les crises familiales… Mais je suis convaincue qu’une femme a beaucoup d’atouts pour réussir sa création d’entreprise, plus peut-être que n’en a un homme. Déjà parce qu’une femme est souvent polyvalente, jonglant avec l’humain, la finance, le court et le long terme… A compétences égales, j’ai pu observer aussi -employant 65 % de femmes parmi mes effectifs- qu’elles sont plus organisées. Elles sont pugnaces – elles se font un devoir de réussir-, et courageuses – c’est une valeur forte pour prendre des décisions, dire les choses bien et vite ! La difficulté tient au fait de gérer une double ou une triple vie. On doit, sans culpabiliser, déléguer beaucoup de choses, faire des choix…Mais c’est formidable, pour une femme, de créer son entreprise et de la faire grandir.

[i] éditions Télémaque, 2010.