Entrepreneuriat sans frontière

C’est son côté international qui veut ça : Arnaud Vaissié est capable d’appréhender l’entreprise de l’intérieur, comme de l’extérieur. Dirigeant-fondateur d’International SOS, il a développé avec son associé, Pascal Rey-Herme, une société qui prend soin des vies humaines partout dans le monde. Partie de rien, à Singapour, elle emploie aujourd’hui 10 000 personnes qui parlent 90 langues. La diversité culturelle, Arnaud Vaissié connaît bien ! Ce voisinage permanent avec la culture des « autres », ajouté au fait qu’il a lui-même vécu longtemps hors de France, l’amènent aujourd’hui à porter un regard très fais sur la France en général, ses entreprises et ses entrepreneurs en particulier.
Engagé dans plusieurs cercles de réflexion, l’entrepreneur bouillonne d’idées, glanées au fil de ses expatriations. Observateur avisé, pas dogmatique pour deux sous, homme de convictions, il rêve d’en découdre une bonne fois pour toutes avec tout ce qui bride les entreprises…

L’international est dans les gènes d’International SOS… est-ce cela qui a contribué au succès de l’entreprise ?

Lorsque nous avons fondé l’entreprise en 1985 à Singapour, l’idée de départ était de fournir une aide médicale d’urgence auprès des expatriés et des sociétés implantées en Asie du Sud-est. Nous nous sommes rapidement développés hors de Singapour, en Asie d’abord, puis en Amérique et enfin en Europe. Au fil des ans, parce que nous avons une vraie culture de l’innovation, notre business model initial s’est largement étendu du rapatriement à la sécurité, en passant par la médecine du travail et le suivi informatique des cadres en déplacement. Aujourd’hui, International SOS est un groupe de conseil et d’assistance à haute valeur ajoutée.

Avec 10 000 collaborateurs dont plus de 1 000 médecins salariés, International SOS est présent dans 70 pays. Notre entreprise est donc internationale mais elle est surtout multiculturelle puisque nos cadres dirigeants sont européens, asiatiques ou américains. Même si l’anglais est la langue de travail, 90 langues différentes sont représentées au sein de notre groupe : c’est une grande diversité et une richesse pour la culture de l’entreprise !

La question de la culture d’entreprise d’une société internationale se pose avec acuité : comment s’est construite celle d’International SOS ?

Quand une entreprise est petite, sa culture est celle de son patron. A plus de 100 personnes, la culture d’entreprise est quelque chose qui doit se réfléchir, s’organiser, se défendre… Je crois que l’une des forces d’International SOS réside dans son fonctionnement. Un employé sur huit est médecin, ce qui signifie que la dimension éthique est omniprésente. Parce que la santé, la sécurité, la vie humaine sont au cœur de notre métier, nous avons une responsabilité particulière que nous cherchons à traduire au quotidien. L’une des richesses de notre groupe réside dans sa capacité à intégrer la diversité partout où elle se trouve : qu’il s’agisse d’une école d’infirmières en Indonésie ou d’un hôpital en Afrique de l’Ouest, nous cofinançons les initiatives de nos filiales afin que tous nos collaborateurs sur place puissent travailler directement au sein de leur communauté.

Pour autant, ne croyez pas qu’il soit facile de faire en sorte que tout fonctionne bien, avec des gens très différents : pour que nos collaborateurs continuent à se dépasser, nous devons maintenir notre exigence de qualité de service, d’excellence. Je suis convaincu que, dans une atmosphère positive, les bons deviennent meilleurs alors que, dans une atmosphère dégradée, ils deviennent médiocres. Je pense que nous continuons à améliorer nos performances en favorisant une culture d’échanges.

En fait, notre culture d’entreprise est restée, à bien des égards, très similaire à celle d’une start-up parce que nous avons conservé une grande proximité avec nos clients. L’entreprise a grandi, mais l’état d’esprit est le même qu’aux débuts de l’aventure.

Vous avez créé l’entreprise avec votre ami d’enfance, le Dr Pascal Rey-Herme : c’est mieux, à deux ?

J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui font tout, tout seuls, mais il me semble que c’est moins difficile et plus rassurant de se lancer à deux. Surtout dans la phase de démarrage : l’entreprise est fragile et la proportion de mauvaises nouvelles peut être forte ! J’ai apprécié d’avoir à mes côtés un ami, médecin urgentiste de surcroît, d’humeur égale, qui ne sur-réagissait pas à chaque trou d’air ou à chaque difficulté rencontrée. De plus, il est important que les fondateurs aient des compétences complémentaires : on augmente ses chances de réussite. Je suis un développeur et un gestionnaire, Pascal est un médecin qui permet à cette entreprise de penser à l’aspect médical avant tout… et c’est la clef de son succès !

Vous menez vous-même une vie d’expatrié : quel regard portez- vous sur les entreprises françaises ?

Au cours de ces 25 dernières années, j’ai vécu aux Etats-Unis, à Singapour et à Londres. Il est important de parler de l’étranger aux Français. Et faire de la pédagogie sur les bonnes pratiques que l’on peut trouver hors de nos frontières. La crise actuelle permet de faire passer certaines idées sur la nécessité de changer nos comportements pour rendre nos entreprises plus compétitives.

Pour faire en sorte que des entreprises se créent avec des capitaux suffisants et de vraies chances de se développer, il faut opérer une transformation culturelle. Et expliquer aux jeunes qu’il n’y a pas plus de risque à entreprendre qu’à être salarié d’un groupe. Il est nécessaire aussi de revaloriser la compétition et l’excellence. Dès qu’on quitte les bancs de l’école, il n’en est souvent plus question.

Il existe une boutade outre-Manche : « Lorsque l’on démontre à un Français que quelque chose fonctionne dans les faits, celui-ci s’enquiert si cela fonctionne aussi en théorie… ». La France apparaît parfois comme un pays dogmatique. Je voudrais contribuer à modifier certains comportements notamment à travers le Cercle d’Outre-Manche, que j’ai cofondé il y a sept ans, dont l’objectif est de comparer la France et le Royaume-Uni et de promouvoir leurs meilleures pratiques.

Une entreprise dans laquelle il n’y a pas de changement meurt. Il en va de même pour un pays : le changement et l’adaptation sont une obligation.