« L’entrepreneuriat, c’est un vrai plaisir »

Aude de Thuin n’avait pas 30 ans quand elle a créé en autodidacte sa première entreprise. Grande observatrice de la société française et de ses aspirations, elle choisit à 30 ans le média de l’événement pour s’exprimer, créant selon ses intuitions des sociétés ad hoc, sans ménager son énergie. Un parcours de « serial entrepreneur » qui rime avec bonheur.

Vous avez créé plusieurs grands événements au cours de votre parcours. Souvent dans des univers très différents. Quel en est le fil conducteur ?

L’entrepreneuriat bien sûr. Parce que je suis probablement née entrepreneur. Je pense d’ailleurs qu’on naît entrepreneur plutôt qu’on ne le devient. On peut le devenir, mais probablement que les entrepreneurs naissent avec quelque chose qui leur donne ce « je ne sais quoi » qui fait que l’envie d’entreprendre est là, dès le départ. Avoir des idées n’est pas suffisant. Ce qui fait qu’on est entrepreneur, c’est quand on est capable de réaliser ces idées. C’est la différence entre dire et faire ! L’entrepreneur a en lui ce quelque chose d’un peu singulier aussi, une sorte de folie qui l’amène à entreprendre.

Il y a donc une « fatalité » à être ou ne pas être surtout entrepreneur ?

On peut le devenir en cours de carrière en observant ce qui se passe ailleurs et en ayant LA bonne idée, celle qui va marcher. Ce n’est donc pas forcément inné et il est possible de se découvrir au cours de sa vie professionnelle un tempérament d’entrepreneur. Et c’est très bien ! En revanche, je mets très souvent en garde tous ceux qui entreprennent par défaut, qui subissent un revers dans leur parcours par exemple et créent par défaut leur job. Le constat que je fais, c’est que nombre d’entre eux se plantent ! On ne sait pas toujours ce que c’est de travailler 50, 60, 70 heures par semaine ; on ne se sait pas que bien souvent, c’est un engagement sur nos biens personnels. Il ne suffit pas de réunir des fonds pour se lancer. Ensuite, il faut suivre et être prêt à subir des échecs.

Est-ce que justement la peur de l’échec ne paralyse pas en France les initiatives entrepreneuriales ?

Parce qu’on ne sait pas appréhender l’échec en France, même si cela commence à évoluer. Aujourd’hui, on commence en France à considérer que l’échec construit et que, même s’il peut détruire, il peut aussi constituer un socle pour rebondir. Il y a des grosses différences culturelles autour de cette notion d’échec. Aux Etats-Unis, on pense que quelqu’un qui a connu un échec mérite d’être recruté et soutenu parce que l’échec construit. Au Japon à l’inverse, celui qui connait l’échec se suicide parce qu’il a peu d’avenir. Et en France, on préfère ne pas en parler !

Bien sûr, je ne dis pas qu’il faut souhaiter l’échec. Moi-même, j’en ai connu et ça m’a beaucoup aidée pour la suite de mon aventure entrepreneuriale. On se construit à travers les difficultés et sauf, si on est idiot, on en apprend beaucoup ! Ce n’est pas une tare ! En France, il faut qu’on arrive à en parler sans tabou. Nous avons eu des communications sur ce sujet lors du forum Osons la France cette année. Mais ça doit commencer dès l’école même puisque c’est un phénomène auquel l’enfant sera confronté dans sa vie. Les professeurs doivent en parler, en dédramatisant absolument !

Si vous n’aviez qu’un argument à donner pour susciter des vocations entrepreneuriales auprès des jeunes ?

Je leur parlerais du plaisir que j’y prends ! C’est vrai que je travaille beaucoup, mais ce n’est pas une addiction, au contraire, un vrai bonheur pour moi d’autant que j’ai l’intuition que ce que je fais a du sens. A 62 ans, je continue de m’amuser, je n’arrête pas de lire, de me nourrir, une idée en appelle une autre… C’est comme faire du vélo, ça ne s’oublie pas pourvu qu’on s’entretienne ! Et puis, j’arrive à faire plein d’autres choses en parallèle. Pourquoi je m’arrêterais ?