Entrepreneuse certes, mais femme et artiste avant tout

Rencontre avec Dominique Hervieu, danseuse et chorégraphe, qui a d’abord fait ses armes au Théâtre National de Chaillot, avant de prendre la tête de la Maison de la Danse à Lyon en 2011.

Lorsque Dominique Hervieu arrive à la direction du Théâtre National de Chaillot en 2008, c’est la toute première fois qu’une femme, qui plus est chorégraphe, prend la tête d’un théâtre national. Peu de femmes font alors partie du « club » très fermé des dirigeants des institutions culturelles. Mais c’est avant tout un véritable changement en terme de structure et de mode de fonctionnement qui marque Dominique Hervieu à l’époque.

Après une carrière solo, puis à la tête de sa compagnie – « Je n’avais que 7 fiches de paye à faire ! Jamais de conflit… » – elle passe à un tout autre univers en arrivant à Chaillot. Elle y découvre le dialogue social et ses défis, apprend sur le terrain et fonctionne beaucoup à l’instinct.

L’envie de faire bouger les choses, de réformer est à mon sens tout à fait féminin mais relève également d’une sensibilité artistique

A Chaillot, Dominique Hervieu a pour mission de donner une nouvelle ampleur à l’art chorégraphique et de multiplier les productions. Il s’agit à l’époque d’une institution marquée par les traditions employant en nombre des corps de métier historiques et prestigieux quand les nouvelles tendances du monde du spectacle vivant comme la vidéo, peinent à y faire leur apparition.

« Lors de ma première réunion du personnel, alors que j’expliquais pour la première fois ma vision et nos priorités pour les trois ans à venir, j’avais en face de moi 150 personnes les bras croisés… cela n’a pas toujours été simple. »

Un challenge et une expérience enrichissante qui auront permis à Dominique Hervieu de se trouver dans un rapport bien plus impliqué, et ce à tous les niveaux, dans la vie d’un théâtre.

Rigueur et écoute à la Maison de la Danse

A la Maison de la Danse aujourd’hui, accompagnée de l’administrateur Dimitry Ovtchinnikoff, elle travaille conjointement avec les différentes instances du personnel : administration, accueil, programmation… Tout le monde a sa responsabilité dans le devenir de la Maison. Plusieurs générations s’y côtoient avec la même envie. Et les femmes sont bien présentes, que ce soit à la communication et même de plus en plus au sein des équipes techniques.

Sur la place de la femme justement, Dominique Hervieu confirme que les femmes dans le milieu doivent beaucoup travailler, voire beaucoup plus que leurs homologues masculins pour s’affirmer et être respectées. Les stéréotypes n’ont pas encore tout à fait disparu…

« Ma ligne de conduite a toujours été claire : revenir sans arrêt aux sujets, rester sur du concret et ne surtout pas me laisser perturber. J’ai toujours réussi, il me semble, à dire ce que je fais et à faire ce que je dis. C’est comme cela que j’ai pu gagner le respect de mes collaborateurs, en particulier masculins.»

Mais c’est surtout son âme d’artiste et sa détermination de chorégraphe qui ont beaucoup aidé Dominique Hervieu tout au long de sa carrière.

La rigueur qu’implique le métier de danseuse m’a été d’un grand secours. J’essaie aujourd’hui de faire comprendre aux autres, qu’il ne s’agit pas que de discipline mais véritablement d’une condition de la réussite.