Gloire et déboires d’un jeune chef d’entreprise

Jean-Christophe Menz a su dès son plus jeune âge que l’entrepreneuriat était fait pour lui. Il lance à 25 ans Cook & Go, un concept innovant d’ateliers culinaires qui connaît rapidement le succès. Peut-être un peu trop tôt. Retour sur l’expérience difficile, mais enrichissante de cet entrepreneur lyonnais.

A quel moment vous est venue cette envie de créer votre entreprise ?

Au collège, pendant les récréations, je m’occupais déjà d’un commerce de jeux vidéos. Un business où je réalisais une belle marge puisque je revendais les jeux achetés… par mes parents ! J’étais déjà passionné et j’ai su rapidement que je ferais des études de commerce. Une fois diplômé de l’ESSEC, j’ai ressenti la nécessité, avant même de créer mon entreprise, de développer sur le terrain une expérience purement commerciale. Une dimension quelque peu dénigrée au sein des écoles de management. Je n’avais alors encore jamais vu de client « en vrai »… J’ai donc travaillé pendant 18 mois chez Danone en tant que Chef de secteur, un poste très formateur où la rigueur face aux hypermarchés était de mise. Je savais pertinemment en entrant chez Danone que je n’y resterais pas longtemps. Je n’avais alors qu’une idée en tête : trouver le bon concept pour créer ma société.

Justement, pouvez-vous nous présenter Cook & Go et revenir sur vos débuts ?

En 2005, jeune actif passionné de gastronomie mais ne sachant pas cuisiner, je m’inspire d’un concept américain et je mûris l’idée de Cook & Go. Le principe : des ateliers où le client apprend à cuisiner son menu et peut repartir avec ses bons petits plats à l’issue de sa formation. Mon premier atelier ouvre à Lyon en 2006. A mes côtés, un chef cuisinier salarié que j’associe bientôt au capital. Le concept est un succès.

En 2008, l’entreprise devient rentable et je décide d’étendre notre présence au niveau national. Je réunis les fonds nécessaires pour ouvrir de nouveaux ateliers à Paris en 2009.

Grâce à ce point d’ancrage parisien, je poursuis et accélère ma stratégie de développement. De nouveaux ateliers font leur apparition à Marseille, à Grenoble, à Lille, une nouvelle succursale à Lyon, des ateliers franchisés à Villeneuve d’Ascq, Rennes… En 2012, nous ouvrons même une filiale à New York.

Succursales, franchises, et même ouverture à l’international, tout s’est enchaîné rapidement… Que s’est-il passé par la suite pour freiner cette lancée ?

De 300 000 euros de CA en 2009, nous sommes passés à 5 millions de CA enseigne en 2013. Cook & Go atteint alors la taille d’une PME avec 17 unités en France et à l’international. Mais il est déjà trop tard : manque de trésorerie, turn over important, gestion de l’entreprise difficile car compilation de trop nombreuses casquettes de mon côté…

Cook & Go enregistre, certes, une belle croissance mais il s’agit malheureusement d’une croissance mal pilotée.

En mai 2014, je décide d’ouvrir mes comptes à l’un des derniers actionnaires entré au capital. Son profil de directeur financier peut m’être bénéfique et je souhaite alors profiter de ses conseils. Il m’annonce tout de suite que la situation est grave et que dans trois mois je n’aurai plus assez de liquidités pour faire fonctionner la machine. Tout s’enchaîne ensuite…Je suis obligé de mettre l’entreprise en sauvegarde. Actionnaires, franchisés, banquiers, fournisseurs, tout le monde me tombe dessus.

Était-il encore possible à ce stade de restructurer l’entreprise ?

C’est une nouvelle facette du rôle de chef d’entreprise que je découvre alors. Je deviens « directeur de la restructuration » : je licencie et je ferme mes boutiques à tour de bras. J’arrive péniblement à rétablir l’équilibre de mes comptes mais mon passif est trop lourd et ma trésorerie trop faible pour remettre l’entreprise d’aplomb. Bientôt, je réalise qu’il n’y a plus qu’une issue possible : la cession.
En avril 2015, l’entreprise est liquidée. Les franchises sont reprises par une société d’ateliers culinaires concurrente. Ce n’est pas la fin de Cook & Go mais c’est la fin de l’aventure en ce qui me concerne.

Comment avez-vous surmonté cette épreuve et surtout comment avez-vous rebondi depuis ?

J’ai eu la chance de bénéficier de l’appui du Réseau Entreprendre et des conseils d’un coach tout au long de l’expérience Cook & Go. Je n’ai, de toutes façons, pas eu d’autre choix que celui de rebondir.

Sans chômage, sans réelle expérience professionnelle salariée, avec un CV de junior, j’ai cherché à mettre à profit mon expérience d’entrepreneur et les enseignements tirés de ma vie passée.

J’exerce aujourd’hui une activité de conseil en développement pour d’autres entrepreneurs. Une activité que j’ai pu développer grâce à un réseau de contacts en start-ups et PME bien implanté. J’interviens également ponctuellement auprès d’écoles de commerce pour sensibiliser les jeunes aux thématiques de l’entrepreneuriat et leur communiquer l’envie, je l’espère, de faire ce choix de vie. Je m’apprête enfin à lancer une nouvelle société, aux côtés cette fois-ci d’un associé. Chassez le naturel, il revient au galop : mon nouveau concept reste lié à la cuisine amateur !