Grégory Cuilleron : « Il faut suivre sa voie »

Talentueux restaurateur passé par la communication, Grégory Cuilleron a gagné sa notoriété à la télévision (« Un dîner presque parfait : le combat des régions » et « Top chef »). Porté par sa fibre entrepreneuriale, il ouvre ensuite deux restaurants à Lyon. Né avec une agénésie* de l’avant-bras gauche, il fut pendant huit ans l’ambassadeur de l’Agefiph** et se mobilise régulièrement sur la thématique du handicap. Rencontre pour le blog de Bruno Rousset.

Comment vous êtes-vous lancé dans l’entrepreneuriat ?

Jeune, je souhaitais déjà créer mon entreprise. Je crois que j’ai toujours eu cette volonté en moi. Cela vient sans doute du fait que mes parents étaient eux-mêmes entrepreneurs, à la tête d’une petite entreprise de matériel pour la prospection pétrolière. Entreprendre c’est aussi pouvoir créer quelque chose qui a du sens pour soi, ce qui est important pour moi. J’ai donc monté en 2008 une petite agence de communication spécialisée dans la restauration et la gastronomie. Cela n’a pas été une réussite puisque je l’ai liquidée au bout d’un an et demi, mais j’ai beaucoup appris de cette expérience, comme l’autonomie, la rigueur, la créativité, l’importance de savoir déléguer, de travailler en équipe aussi.

Convaincre des gens de nous suivre, c’est un sacré défi.

J’ai eu envie de poursuivre cette aventure avec l’ouverture de mes deux restaurants à Lyon, le Cinq Mains et Le Comptoir Cecil.

Quels enseignements en avez-vous tiré ?

Que s’il est important de se faire conseiller, il faut suivre sa voie. Mon erreur de jeune entrepreneur a été de ne pas être assez sûr de moi et de ne pas avoir suffisamment su m’imposer, notamment pour aller chercher des financements. Tandis que quand je me suis lancé dans la restauration, j’ai toujours voulu faire du local, du bio, c’est ce que j’ai fait et cela a fonctionné. Tenir le cap est essentiel, même s’il est important de savoir rester agile. En ce sens, l’entrepreneuriat est une bonne école car entreprendre nécessite souvent de se bousculer et de développer des choses dont nous n’étions pas capable, ou cru capable avant. J’ai notamment appris à plus lâcher prise alors que je suis naturellement une personne très angoissée. Créer son entreprise permet aussi, je trouve, une prise de conscience forte de la valeur du travail.

Est-ce que votre handicap a influencé votre parcours d’entrepreneur ? Et pensez-vous que l’entrepreneuriat soit une clé pour l’inclusion des personnes handicapées ?

Je ne crois pas que cela ait influencé mon parcours, même si le handicap nécessite de devoir plus faire ses preuves et d’être plus convaincant. Personnellement je ne le vis pas comme une revanche sur quoi que ce soit car je suis né comme ça. Peut être que cela a renforcé ma ténacité mais ça ne va pas plus loin. Ce n’est pas une manière de surmonter mon handicap. Encourager l’entrepreneuriat est un bon moyen pour favoriser l’inclusion mais je considère cela plus comme un levier d’action que comme une véritable solution au chômage des personnes handicapées. Monter son entreprise quand on n’a pas la fibre et le goût de l’entrepreneuriat, c’est vraiment compliqué.

En revanche donner les mêmes chances à tous pour pouvoir entreprendre, c’est important.

J’aimerais développer d’autres concepts de restauration, proposer des restaurants qui fassent travailler plus de personnes en situation de handicap. Je pense qu’il est important de donner une dimension sociale à l’entreprise. La pièce essentielle de la société c’est l’homme.

Grégory Cuilleron est l’auteur de plusieurs ouvrages :
Bluffez vos enfants (Mango Editions).
Qu’est ce qu’on mange ce soir ? (Hachette Cuisine)

* Absence de formation d’un organe.
** Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées.