Hayat Boaira : « Sans nous, ils ne seraient pas assurés »

La Fondation Entrepreneurs de la Cité a été la première organisation en France à lancer le principe de micro-assurance développé dans les pays en émergence par Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix. L’idée ? Permettre aux publics « en difficulté » de créer leur entreprise en étant convenablement assurés. Rencontre avec Hayat Boaira, déléguée générale de la fondation. 

A qui s’adresse Entrepreneurs de la Cité ?

Hayat Boaira : Aux créateurs d’entreprises jusque-là exclus du monde de l’emploi. Cela concerne les chômeurs de longue durée qui n’arrivent pas à se réinsérer dans le monde du travail, ou les personnes qui ont des difficultés d’accès à l’emploi du fait d’un handicap, de leur jeunesse ou parce qu’ils sont issus de quartiers un peu difficiles.

Ces nouveaux entrepreneurs sont assez seuls,

ils n’ont pas de réseau, pas d’expérience de l’entrepreneuriat, ils passent donc souvent par des associations qui les aident à monter leur business plan, à faire leur étude de marché, etc. Ce sont elles qui les renvoient vers nous pour ce qui concerne l’assurance. L’enjeu est important. Le budget de ces créateurs est limité et ils essuient souvent des refus des banques, alors la première chose qu’ils ont tendance à laisser de côté est l’assurance professionnelle. Or c’est un choix trop risqué.

Que leur proposez-vous ?

Hayat Boaira : Des solutions de micro-assurance et de prévention des risques professionnels. Ces produits sont accessibles à des tarifs en-dessous de ceux du marché car la fondation prend en charge une partie de la prime. En complément, comme le dégât des eaux est le deuxième risque majeur chez l’entrepreneur après l’arrêt maladie, nous avons décidé d’aller plus loin en proposant un accompagnement par un expert en bâtiment dans le cadre d’un partenariat avec Polyexpert. Au moment où le créateur d’entreprise va choisir son futur local professionnel, il est accompagné d’un expert qui va lui faire un rapport sur l’état du bien et lui permettre d’engager ou de faire engager des travaux avant son installation ou tout simplement de renoncer. Nous mettons également à disposition sur notre site internet un guide de l’assurance des micro-entrepreneurs qui donne des astuces pour bien se protéger, quel que soit son métier.

Avec quels résultats ?

Hayat Boaira : Nous accueillons chaque année 2 000 micro-entrepreneurs et en micro-assurons environ 600. A fin 2017, nous étions à 17 000 micro-entrepreneurs accueillis et plus de 6 000 assurés sur toute la France. Le siège de la Fondation est à Villeurbanne mais notre offre est accessible à tous les entrepreneurs de France métropolitaine et de la Réunion. Nous avons fait l’année dernière une étude sur notre impact social auprès des entrepreneurs que nous accompagnons : 85% se sentent bien assurés et bien protégés, 70% nous ont dit que la micro-assurance avait contribué au développement de leur entreprise et un tiers a répondu que sans nous, ils ne seraient pas assurés.

Une satisfaction ?

Hayat Boaira : Oui. Quand on est parti sur ce public-là, nous pensions que c’était un public qui allait être très risqué en termes assurantiels. Or c’est faux. Le taux de survie de ces entreprises est le même que dans un schéma classique de création alors que notre public est plus fragile. Soit une pérennité à 70% à deux ans, 60% à trois ans et 40% à quatre ans.

On a réussi à démontrer que c’était un public qui n’était pas dans le fond plus fragile qu’un autre et qui a une très bonne capacité de résilience.

Cela nous incite à penser que nous pourrions même nous tourner vers un public plus fragile encore. Ce qu’on a réussi à prouver, c’est que quiconque peut mener avec succès une création d’entreprise s’il est bien accompagné.

 Quelles sont les perspectives pour la fondation ?

Hayat Boaira : La création d’entreprise est devenue une réponse assez fondamentale au chômage, notamment avec le développement de l’auto entrepreneuriat. La France propose de nombreuses aides pour créer son activité.

On reçoit entre 10 et 20% d’entrepreneurs de plus chaque année.

Nos enjeux d’avenir ? L’apparition de nouveaux métiers de plus en plus polyvalents qui vont nécessiter des solutions de micro-assurance adaptées. Il y a aussi la question de la précarité sur une durée plus ou moins longue car le chiffre d’affaires moyen de nos créateurs d’entreprise se situe entre 25 000 à 30 000 euros. Entrepreneurs de la Cité les soutient aujourd’hui pendant 4 ans. Un enjeu fort pour nous va aussi d’être en mesure de nous ouvrir de plus en plus largement au digital pour offrir un service multi canal.

  • Partenaires fondateurs : APRIL, AG2R La Mondiale, CNP Assurance, la Banque Postale, la MATMUT et CFDP Assurances et la Caisse des Dépôts.

Découvrez la Fondation Entrepreneurs de la Cité
http://www.entrepreneursdelacite.org/

L’article de Bruno Rousset : Le social business, un enjeu mondial