« L’important, c’est la compétence, pas le CV ! »

Lancé il y a trois ans et déjà sur le podium des sites de recherche d’emploi, Qapa propose une nouvelle manière d’aborder le recrutement, centrée sur les compétences humaines et la mise en relation. Une approche innovante sur le secteur qui séduit de plus en plus, employeurs comme salariés. Rencontre avec sa fondatrice et PDG Stéphanie Delestre qui nous en explique les fondamentaux.

Pourquoi avez-vous lancé Qapa ?

De retour en France après avoir travaillé en Allemagne, je me suis inscrite à Pôle Emploi et j’ai été rapidement choquée par la complexité des procédures et par l’incapacité qu’ils avaient à mettre en relation des chercheurs d’emploi et des entreprises. J’ai vu cela comme un vrai frein au retour à l’emploi, et à la lutte contre le chômage. On a 4 millions de chômeurs, 800 000 emplois non pourvus, j’ai trouvé que c’était un peu dingue…

L’un des aspects qui vous a surpris, c’est le fait que l’on vous demande un CV ?

8 personnes sur 10 qui se présentent chez Pôle Emploi n’en ont pas, soit parce qu’elles n’ont jamais travaillé, soit parce qu’elles ne sont pas en capacité d’en faire un proprement, soit parce qu’elles n’en ont pas fait depuis 15 ans.

Vous avez donc ensuite lancé Qapa, avec quelle idée ?

La première idée, c’était donc d’une part de supprimer la barrière du CV, et de faire un site où la personne qui n’a pas de CV peut quand même postuler car nous allons lui faire son CV. L’autre idée derrière Qapa, c’est la mise en relation : comment faire correspondre les bonnes offres avec les bons candidats.

Comment est-ce que cela marche, concrètement, et en quoi Qapa est-il différent des sites existants ?

On a créé un algorithme qui fonctionne un peu comme sur un site de rencontres… L’emploi, au final, c’est la même chose, ça reste une rencontre entre un patron et un salarié. Les sites font habituellement du matching d’offre, alors que nous faisons en plus du matching de compétence. Quand on s’inscrit sur Qapa, par exemple en tant que vendeur, nous transformons cela en compétence.

Un peu comme un bilan de compétences ?

Oui, on fait un bilan de compétences en temps réel, en quelque sorte. Mais on va aussi plus loin. Nous donnons en plus les bonnes offres qui correspondent au profil et aux compétences des gens. Quand on est vendeur, on n’est pas seulement vendeur, on est aussi des compétences : la relation client, la gestion de stocks, la tenue de caisse, etc. Notre algorithme nous permet donc de qualifier et de relier chaque emploi à des compétences. L’idée est de mettre l’humain au centre, et pas seulement un parcours et des intitulés de postes.

Et côté employeur ?

On procède selon la même logique. On « transforme » les intitulés en compétences, pour que la mise en relation soit plus rapide et surtout beaucoup plus pertinente, puisqu’on a de chaque côté qualifié les compétences acquises et requises.

En quoi cela est-il plus efficace ?

Qapa permet de mieux profiler les gens. On va proposer des offres qui correspondent d’une part exactement aux intitulés des expériences professionnelles précédentes, mais également des offres d’emploi qui s’en rapprochent, grâce à cette approche par compétence. Cela permet à des personnes de postuler à des offres d’emploi auxquelles elles n’auraient pas pensé, alors qu’elles en ont possiblement les compétences. Par exemple, on a le cas d’une personne qui s’était inscrite et qui recherchait un emploi de vendeuse, et qui au final a pu décrocher un emploi d’assistante pour un cabinet dentaire : un poste mieux payé, plus souple en termes d’horaires et pour lequel la personne disposait de toutes les compétences requises. C’est l’efficacité de la mise en relation que nous proposons qui permet de fluidifier le marché de l’emploi. On a aussi des soudeurs qui sont devenus chauffagistes, etc. L’important, c’est la compétence, pas le CV !

Est-ce mieux adapté aux réalités du monde du travail selon vous ?

Bien sûr. Dans les petites sociétés, on est habitué à recruter sur compétences, et pas sur des CV. Il faut aller vite, et Qapa est complètement adapté aux structures sans DRH, où c’est le patron ou sa secrétaire qui doit s’en occuper. Dans les grands groupes, à l’inverse les DRH sont conscients que les jeunes diplômés n’ont plus les mêmes comportements ni les mêmes parcours tracés qu’auparavant. Leur nécessité, s’ils veulent survivre, c’est de continuer à recruter les meilleurs, et pour cela il faut changer de méthode. C’est ici que nous arrivons, avec une solution dans l’air du temps, qui change le recrutement.

Quel bilan tirez-vous après trois années d’existence ?

Nous sommes le site avec la plus forte croissance sur ce secteur, avec 25 millions de personnes qui sont venues nous visiter et 1,7 million d’inscrits. On est aujourd’hui le numéro deux des sites d’emplois privés en France ! Notre force, c’est d’être dans l’air du temps : on s’inscrit sans CV, en quelques minutes, et surtout on est capable d’extraire et de traiter les données pour ne réellement proposer que les offres qui vont intéresser une personne. Il y a énormément de big data derrière, permettant d’optimiser le matching et la présentation des résultats. Nos machines apprennent à connaître le comportement des utilisateurs, se souvenir que telle ou telle personne à Paris a déjà refusé une offre parce qu’elle était à Marseille mais qu’elle consulte des offres à Orléans par exemple. Au final, on fait en sorte de ne proposer que les offres les plus pertinentes. C’est comme cela qu’on lutte contre le chômage !