Jean-Louis Kiehl : Lutter contre le surendettement profite à tous !

Le monde du travail, il l’a très vite côtoyé. Il y a forgé sa détermination et sa combativité. Puis, Jean-Louis Khiel a décidé de prendre le chemin de l’Université de Droit. Un cursus qui le conduira au poste de Délégué du Médiateur de la République. Une première étape dans ce qui deviendra son combat : la lutte contre le surendettement. Jean-Louis Khiel est aujourd’hui président de la Fédération française des chambres régionales du surendettement social (CRESUS).

Vous êtes entré très tôt dans la vie active, comment avez-vous été sensibilisé au sujet de l’endettement ?

J’ai commencé à travailler dès mes 14 ans. Issu d’un milieu pauvre, j’ai vécu l’apprentissage comme un moyen d’insertion rapide dans la vie active. J’ai débuté comme apprenti comptable chez Mercedes en Allemagne. Puis, formé au sein de l’entreprise à la communication corporate, j’ai appris à promouvoir ce que l’on appelle l’entreprise au sens large : les produits certes, mais aussi les talents, les hommes et les femmes qui la font fonctionner au quotidien. J’ai repris par la suite des études universitaires de droit qui m’ont permis de travailler pendant 10 ans en tant que Délégué du Médiateur de la République. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser au surendettement.

Vous avez par la suite pris la tête en 2000 du réseau Crésus, une fédération d’associations née en Alsace, dont le but est d’accompagner les ménages surendettés et de prévenir l’exclusion financière. Comment êtes-vous passé d’une initiative locale à un réseau national ?

En 2000, une rencontre avec Jean-Louis Borloo m’a encouragé à étendre notre action au delà des seules frontières alsaciennes. Au lieu de me tourner vers les subventions, je me suis mis alors en tête d’aller à la rencontre du monde de la finance afin de construire un véritable réseau national grâce au mécénat d’entreprise. Nous avons su convaincre certaines banques avant-gardistes. Au final, qui dit moins de surendettement, dit recouvrement de sa capacité de crédit et donc cercle vertueux pour les banques. Ce travail de longue haleine, nous a permis d’aider d’autres associations jusqu’à atteindre aujourd’hui un nombre de 119 points d’accueil, 600 bénévoles (magistrats, avocats etc.).

Crésus organise 120 000 consultations par an pour aider les ménages qui ne savent plus comment faire face à leur situation financière.

Comment impliquez-vous aujourd’hui les institutions bancaires dans votre action ?

Avec la crise financière de 2008, le marché a subi un choc de plein fouet. Nous avons réalisé qu’il fallait à tout prix faire de la prévention auprès de la population. Nous avons donc demandé aux banques de s’allier à nous et de nous envoyer les ménages identifiés comme étant en difficulté avant de fermer les crédits. Là, on prend le relais. On aide le ménage à réaliser un budget avec les derniers extraits de comptes et on intervient auprès des créanciers pour alléger la dette au maximum. Autre pan primordial de notre intervention : la formation des professionnels de la banque à l’action sociale. Ces derniers sont souvent désemparés face à ce genre de situation et la formation les aide à accompagner au mieux leurs clients. Au final, Crésus a permis d’éviter l’effacement de 150 millions de dettes en aidant près de 10 000 ménages.

Quels sont les principaux freins que rencontre Crésus aujourd’hui ?

La France est l’un des derniers pays aux côtés de Cuba ou de l’Ouzbékistan par exemple à ne pas s’être doté d’un fichier de crédit recensant de manière exhaustive les crédits contractés. Personne ne contrôle cette masse d’informations qui permettrait pourtant de réduire le nombre de ménages surendettés. Vous pouvez tout à fait aujourd’hui être surendetté et continuer à contracter de nouveaux crédits auprès de différentes banques. Ces dernières préfèrent parfois se laver les mains de ce sujet et refusent de partager leurs informations avec d’autres banques. Le problème, c’est que la maison brûle déjà lorsque les gens arrivent chez nous. Mais je ne perds pas espoir, nous avançons pas à pas. 70 partenaires sont investis aujourd’hui à nos côtés : banques, grandes entreprises, assurances…pour faire avancer la cause de l’éducation budgétaire et lutter contre les ravages du surendettement.