Léna Geitner : « Il faut davantage de PME sociales en France »

Ronalpia, association reconnue d’intérêt général, est un incubateur dédié aux entrepreneurs sociaux. Sa co-fondatrice et actuelle directrice Léna Geitner présente pour le blog de Bruno Rousset sa vision de l’entrepreneuriat social et solidaire.

Vous participiez récemment à l’Odyssée des entrepreneurs, quels sont les grands défis pour les entreprises sociales ?

Léna Geitner : L’accès au financement. Peu d’acteurs le font. Il y a un enjeu fort à accompagner ces TPE pour qu’elles deviennent des PME. C’est tout l’enjeu pour Ronalpia, créé en 2013, qui accompagne cette année 80 entrepreneurs sociaux sur toute la région Auvergne-Rhône-Alpes. Notre métier est de détecter, sélectionner et accompagner des entrepreneurs qui s’attaquent aux sujets des fragilités : des personnes – à mobilité réduite ou en grande précarité, territoriales – les territoires enclavés, de violence, ou isolés, systémiques – celle de notre système carcéral par exemple. Il faut davantage de PME sociales en France et nous nous engageons pour cela.

L’objectif est de faire vivre plus fortement l’économie sociale et solidaire et ses quatre piliers : la lucrativité limitée, la gouvernance participative, l’encadrement des salaires et l’utilité sociale.

Comment fonctionne Ronalpia ?

Nous avons trois antennes physiques à Lyon, Grenoble et Saint-Etienne. Nous proposons plusieurs programmes d’accompagnement gratuits à destination des entrepreneurs ; un programme d’incubation pour le lancement, afin de passer du projet à l’entreprise sociale ; un programme de croissance pour les entrepreneurs en consolidation ; et un programme d’appui à l’implantation qu’on suit en partenariat avec l’Aderly(1), pour détecter des entrepreneurs sociaux sur d’autres territoires – à Bordeaux, Paris ou Nantes, suffisamment solides pour répliquer leur modèle à Lyon. 60 % des projets que nous accompagnons se lancent sous forme associative, donc pour nous, l’énergie d’un individu, d’une femme ou d’un homme ou d’un groupe de personnes, prime sur la forme que le projet prend in fine.

Quels sont le bilan et les perspectives ?

Nous avons eu 35 dossiers de candidature d’entrepreneurs au lancement, nous sommes désormais à un peu plus de 200.

Il y a eu un boom de l’engagement chez les entrepreneurs sociaux.

Nous souhaitons que le rôle des entrepreneurs sociaux, qui sont des pionniers pour aller défricher de nouveaux sujets, et vont s’attaquer à des sujets difficiles – comme ceux qui s’attaquent à la solitude en ville, installent des cantines dans les quartiers pour recréer de la mixité sociale… – soient reconnus. Les entrepreneurs qui « défrichent » doivent être considérés au même titre que les entrepreneurs de la tech. Notre ambition est que la mission d’intérêt général soit reconnue et soutenue.

  • L’Aderly : Agence de développement économique de la région lyonnaise

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