Marie-Amélie le Fur : « Pour des entreprises ouvertes accessibles »

Marie-Amélie Le Fur est championne olympique, triple médaillée d’athlétisme aux jeux paralympiques de Rio. Cette grande sportive de 28 ans, débordante d’énergie et d’enthousiasme, est depuis 2013 pilote d’affaires conduite du changement chez EDF. Elle défend un univers professionnel capable de faire du handicap une source d’ouverture et de richesse pour l’entreprise. Bruno Rousset a souhaité lui offrir une carte blanche sur Valeurs d’entrepreneurs.

« Actuellement 18 % des Français sont affectés par un handicap, visible ou non, soit près de 12 millions de personnes. Et, comme certains destins nous le démontrent, cette situation n’empêche pas la performance, la créativité ou l’épanouissement. Pourtant, le taux de chômage des personnes en situation de handicap atteint 20%, soit deux fois plus que la moyenne nationale. À CV équivalent, un candidat en situation de handicap a deux fois moins de chances de décrocher un entretien d’embauche.

Pendant de longues années, et encore actuellement, les préjugés nous ont conduits à croire que le handicap était forcément « un moins », rendant l’individu atteint d’une déficience moins performant pour la société, voire inutile. Dans le monde de l’entreprise, cette notion de performance est essentielle, elle est son moteur, ce qui lui permet d’exister et de progresser. Face à ces préjugés, intégrer le handicap dans le monde du travail semblait alors complexe, voire impossible. Et pourtant, il est démontré que la diversité est une source de richesse, motivation, innovation, créativité, fidélisation

Bien que facilitées par la loi de 2005 et une évolution certaine des mentalités, l’intégration et la reconnaissance du handicap dans les entreprises questionnent encore beaucoup et sont souvent confrontées à un sentiment de peur. Or, pour favoriser l’intégration et le maintien dans l’emploi de travailleurs handicapés dans les entreprises, il suffit au monde des entrepreneurs de se poser les bonnes questions et de modifier son appréhension de la performance d’un salarié.

Il suffit au monde des entrepreneurs de se poser les bonnes questions et de modifier son appréhension de la performance d’un salarié.

Ne doit-on pas considérer que pour créer de LA performance dans l’entreprise, il est nécessaire de développer différentes performances en exploitant des profils variés ?

La place d’un salarié en situation de handicap prend tout son sens par l’expérience de vie traversée. Cette expérience a permis le développement de nouvelles compétences, non valorisées par un diplôme, mais tout aussi utiles à l’entreprise et permettant au salarié en situation de handicap de fournir un niveau de performance identique aux autres salariés.

Cette nécessité d’écoute et d’adaptation aux besoins d’une personne en situation de handicap, n’est-elle finalement pas un moteur de développement pour tous les collaborateurs d’une entreprise, quel que soit le milieu professionnel concerné, petites et grandes structures confondues ?

Une fois le cap franchi, l’intégration du travailleur en situation de handicap dans son équipe doit être bien anticipée en faisant appel au bon sens. Il suffit d’informer et de sensibiliser l’équipe accueillante. Mais aussi, et bien évidemment, comme dans toute embauche d’un salarié, il est déterminant de mettre en avant les compétences. C’est le point essentiel pour valoriser et réussir un recrutement.

Ensemble soyons visionnaires, dépassons les stéréotypes pour comprendre qu’au-delà de provoquer une déficience, le handicap est vecteur de compétences rares, transposables en entreprise. »