Marie Eloy : Permettre aux cheffes d’entreprise de se développer

Présidente de l’association Femmes des Territoires, Marie Eloy a créé Bouge ta Boite, un réseau business devenu start up, pour aider les femmes entrepreneures à gagner en stratégie, chiffre d’affaires et leadership. Elle partage sa vision de l’entrepreneuriat féminin en France et les leviers à actionner pour lui donner une nouvelle dimension.

Valeurs d’entrepreneurs : Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans l’aventure Bouge ta boite ?

Marie Eloy : J’avais d’abord créé en 2014 un premier réseau d’entraide pour les femmes entrepreneures, l’association Femmes de Bretagne, dont je suis co-présidente et qui se déploie désormais à l’échelle nationale avec Femmes des Territoires. Bouge ta Boite est né quelques années plus tard fin 2016 suite à ma rencontre avec des dirigeantes d’entreprises qui, pour la plupart, ne vivaient pas de leur activité. Des recherches complémentaires sur ce sujet m’ont confirmé que parmi les 30 % de femmes cheffes d’entreprise, 70 % à 80 % étaient dans cette situation.

70% à 80% des femmes chefs d’entreprise ne vivent pas de leur activité

Or j’ai également observé que les 500 réseaux féminins en France sont tous centrés sur l’entraide et le networking. Aucun n’aborde les questions de recommandations, de chiffre d’affaires et de leadership qui sont pourtant déterminants. Bouge ta Boite est la volonté d’agir face à ces deux constats et d’allier le sens à la croissance.

Qu’est-ce qui manque aux dirigeantes pour mieux vivre de leur activité ?

Au démarrage, la base est moins solide pour trois raisons. La première est qu’elles sont très peu à financer leur entreprise ou à réussir à être financées. La deuxième est qu’il y a très peu de modèles féminins auxquels s’identifier. Parmi les patrons les plus médiatisés en France en 2018, seulement 1 % était des femmes ! Elles n‘ont pas d’exemples et ont l’impression d’avancer sur une voie qu’elles défrichent. La troisième est que les femmes sont très peu présentes dans les réseaux dans lesquels elles ne se reconnaissent pas. Au démarrage, elles n’ont personne pour challenger leur business plan ou leur proposer toutes les aides possibles. Une fois en activité, 70 % du chiffre d’affaires vient du bouche à oreille et donc du réseau. En réponse, Bouge ta Boite, pour les dirigeantes déjà lancées, c’est du réseautage pour affiner la stratégie, le commercial et la communication. C’est aussi permettre à des femmes de devenir des modèles sur leur territoire. Et en équipe, c’est plus facile d’avancer ensemble, grâce aux expertises de chacune, et de se rendre visible.

En équipe, c’est plus facile de se rendre visible.

Quel est le bilan après trois ans d’activité ?

On sent qu’il y a un engouement important. L’équipe basée à Rennes compte désormais 18 personnes, avec des animatrices régionales. Nous sommes présentes dans 100 villes. Notre méthode est très structurée. Nos 1 500 adhérentes, que l’on appelle les « Bougeuses », se rencontrent tous les 15 jours pour des réunions de travail. Elles ont une énergie très positive, la spirale est vertueuse avec plus de 10 000 recommandations entre membres du réseau. Toutes disent connaître un impact fort en termes d’économie et de visibilité. 67 % d’entre elles ont vécu un changement de posture et en moyenne, elles ont 2 100 euros de chiffres d’affaire de plus par an. Aujourd’hui face à la crise, elles font preuve d’énormément d’agilité et d’inventivité et c’est ensemble, grâce à l’émulation de leur réseau, qu’elles s’en sortiront.

Les prochains défis ?

L’objectif pour Bouge ta boite est de continuer d’agrandir les cercles en France. Nous souhaitons notamment être plus présentes dans l’Est et le Centre. Entre mars et juin 2020, nous avons pu lancer une dizaine de nouvelles villes malgré le confinement et d’autres cercles commencent à émerger.

Notre plus grand défi : faire évoluer l’inconscient collectif sur les femmes entrepreneures, car on ne peut pas continuer à vivre dans une société aussi bancale. Les « Bougeuses », sont pleines d’ambition, d’expertise, de courage et partagent toutes l’envie de bouger leur boîte, leur territoire et aussi la société, afin d’y être plus représentées.