Marie-Sophie Obama : « J’ai appris à ne pas me laisser abattre ».

Depuis juin 2017, Marie-Sophie Obama, 37 ans, est Présidente déléguée de Lyon ASVEL Féminin. Cette proche de Tony Parker explique comment elle a abordé son nouveau rôle et de quelle manière son expérience du sport de haut de niveau a été une précieuse alliée. Rencontre pour Valeurs d’entrepreneurs, le blog de Bruno Rousset.

En acceptant cette présidence déléguée de Lyon ASVEL Féminin, vous arriviez à la tête d’une entreprise d’une vingtaine de personnes. Comment avez-vous abordé cette mission ?

Marie-Sophie Obama : Le monde de l’entreprise était nouveau pour moi, je venais de terminer une expérience de travailleuse indépendante dans l’immobilier. Je ne m’étais pas projetée dans quelque chose de clairement défini, je savais que la part de découverte allait être importante. Je me suis laissé le temps de bien appréhender les choses en m’immergeant dans le club avant de construire un plan d’action. Partager les bureaux avec le club masculin m’a aussi permis d’avoir un bon exemple sous les yeux.

Quel était votre état d’esprit ?

Marie-Sophie Obama : Je me lançais dans une belle aventure qui m’enthousiasmait. Ce que je n’avais pas forcément appréhendé et qui s’est révélé ardu, c’est la partie gestion car il y avait des difficultés. Il a fallu que je me familiarise avec des notions qui étaient assez obscures pour moi. J’ai fait front mais je dois avouer qu’à certains moments j’au eu du mal à respirer. La clé a été de ne pas baisser les bras. Je me disais que cette période où j’étais submergée était normale et au final une chance car cela me permettait de prendre la température du club. Avoir « les mains dans le cambouis » est la meilleure manière de se rendre compte de l’ampleur de la tâche et d’agir de manière beaucoup plus efficace et directe.

Avec le recul, quels grands enseignements en tirez-vous ?

Marie-Sophie Obama : Que le travail de concentration est essentiel. Il faut réussir à rester concentré chaque instant et à bien isoler chaque problématique d’une autre. Et puis, il faut du travail, beaucoup, le souci du détail, de l’humilité et un moral d’acier. Mon expérience du sport de haut niveau a été une formidable alliée car elle forge un esprit de combattant, impose de se relever sans cesse et de ne pas paniquer. Elle apprend aussi à devenir endurant. Mon expérience dans l’immobilier m’a aussi été utile car en étant à mon compte je n’avais pas de certitude du lendemain. J’ai appris à ne pas me laisser abattre.

Comment gérez-vous la dimension collaborative, très en vogue dans le monde de l’entreprise, et indispensable dans l’équipe sportive ?

Marie-Sophie Obama : Je dis toujours que dans notre club nous avons une équipe sportive et une non-sportive mais les deux fonctionnent de la même manière. Le collaboratif est quelque chose qui est familier pour moi, sans doute du fait de mon parcours sportif.

J’ai le souci de la diversité et que chacun puisse trouve sa place dans la dynamique d’équipe.

Faire vivre la complémentarité des différents éléments qui composent notre équipe, qu’elle soit sur le terrain ou en dehors, dans l’ombre, c’est quelque chose qui m’anime. Nous faisons grandir le projet tous ensemble.

Quelles sont les clés pour faire vivre cette complémentarité dans de bonnes conditions ?

Marie-Sophie Obama : Je pense que c’est beaucoup d’écoute. Quand je suis arrivée, j’ai pris le temps d’apprendre à connaître chaque personne, d’essayer de comprendre ce qui l’anime. On peut occuper un poste mais avoir d’autres compétences ou des aspirations un peu différentes. Il faut aussi penser à des moments de convivialité. Pour qu’il y ait une bonne ambiance de travail, il est aussi important d’être exigeant sur les petits détails car ce sont souvent eux qui peuvent faire émerger des situations conflictuelles. Aujourd’hui on a une vraie belle ambiance de travail !

Quelles sont les erreurs à éviter ?

Tant que le cap n’est pas fixé, tous les vents sont contraires !

La première erreur est de ne pas se positionner car cela empêche d’être un bon guide. Quand les gens n’arrivent pas à comprendre où on va, c’est la confusion générale. Une deuxième erreur est de ne pas être suffisamment à l’écoute des signaux qui peuvent par exemple venir des collaborateurs. Pour un dirigeant, vouloir à tout prix rester dans sa logique et ne pas se remettre en question peut entraîner des conséquences très néfastes pour l’entreprise. Personne ne détient la vérité sur tout, il faut faire preuve d’humilité. D’autant que la vérité d’un jour n’est pas forcément la même six mois plus tard.