Mathieu Froidure : « Le handicap n’existe pas ! »

Mathieu Froidure revendique le droit à la différence. Dans la société, dans l’entreprise, dans la vie… La différence est à valoriser voire à cultiver.

« Si tout le monde a le même mode de pensée, tout le monde sort de la même école avec les mêmes compétences, pas de créativité, je vous le garantis », insiste le dirigeant d’Urbilog.

L’entrepreneur aime citer la machine à vapeur née de la guerre de Sécession suite à l’abolition de l’esclavage. Le Nord a pris l’avantage sur le Sud. La contrainte a créé de l’efficacité. Le digital et les modèles comme l’ubérisation introduisent aujourd’hui de nouvelles façons de faire et peuvent constituer un véritable espoir, mais aussi un possible désespoir si l’on n’y associe pas de réflexion autour de l’accessibilité.

La législation a bien sûr un rôle à jouer dans cette dynamique et les articles 105 et 106 de la loi numérique ont d’ores-et-déjà permis d’améliorer l’accès aux services téléphoniques et aux sites internet publics. Mathieu Froidure préside à ce titre une commission NTIC composée de bénévoles au sein de la CFPSAA (Confédération Française pour la Promotion Sociale des Aveugles et Amblyopes), afin d’améliorer la communication sur ces sujets avec l’Etat et les grandes entreprises.

Petit à petit, les mœurs évoluent… lentement. Les banques, les assurances, les sociétés de e-commerce commencent à ouvrir la voie, les services publics sont quant à eux un peu en retard… L’entrepreneur le déplore : le travail est long pour faire comprendre aux entreprises que l’accessibilité est bien plus qu’une contrainte supplémentaire.

« Si un site est mal fait, il faut le refaire. La vision projet est un piège. Les coûts sont importants. Nous incitons donc nos clients à penser dès l’amont à une interface accessible. Les gains en termes d’acquisition demain seront d’autant plus importants. Avec ce recul, on peut mieux former les équipes et se projeter sur plusieurs versions. »

L’une des difficultés est d’ailleurs que les équipes au sein d’une même entreprise ne soient pas au même niveau sur ces sujets. Une banque peut par exemple proposer des outils et services accessibles à ses clients particuliers, mais pas à ses clients professionnels.

L’accessibilité doit être un effort constant et transverse pour une entreprise. Ce n’est pas quelque chose qui se décrète. C’est une démarche d’entreprise, c’est une philosophie dans la durée.

Une philosophie que Mathieu Froidure s’efforce de diffuser avec énergie et enthousiasme au sein des entreprises où il fait de la sensibilisation. « Il n’y a pas de secret. Tout le monde a peur de la différence. Je veux prouver à mes auditeurs que ce n’est pas parce qu’on est en situation de handicap qu’on ne peut pas faire les choses. »