Le modèle de croissance de La Fabrique

Pour Fabrice Poncet, l’entreprise est régie, certes, par des objectifs de rentabilité qui lui sont propres, mais reste également liée à l’intérêt général en s’insérant plus largement dans une société où l’emploi reste fragile et la consommation peu responsable.

Lorsqu’on lui parle du modèle de croissance de La Fabrique, Fabrice Poncet utilise une métaphore originale et révélatrice de sa conception collaborative du travail. « Nous avons envie de nous développer tel un « archipel » en formant des alliances un peu nouvelles avec des acteurs de trois cercles qui pourront ou non se croiser. »

Le premier « atoll » est celui du métier de la fabrication de meubles. La Fabrique vient en effet de se rapprocher d’un ancien salarié ayant monté une SCOP (Société coopérative de production). La Fabrique a pris part au capital à hauteur de 10 % et épaule cette société, qui produit du mobilier, commercialement et en gestion. « Notre objectif est de contribuer à la création de 5 emplois supplémentaires », précise Fabrice Poncet. En choisissant une offre parfaitement complémentaire à la sienne, à moindre coût, La Fabrique apporte ainsi une réponse utile à ses clients.

Le deuxième « atoll » est celui de l’économie sociale et solidaire. « Nous avons vocation à faire une place aux plus fragiles dans nos effectifs », poursuit Fabrice Poncet. La société oeuvre actuellement au développement d’une offre commerciale commune avec deux acteurs de l’insertion rhône-alpins : Artibois et la Mirly. L’entreprise cherche ainsi à renforcer économiquement ces associations œuvrant pour les plus fragiles, tout en leur apportant de la notoriété.

Enfin le troisième « atoll » est celui de l’économie collaborative et de la fabrication distribuée. Fabrice Poncet a lu Jérémy Rifkin : « Je crois beaucoup à ce qu’il appelle « l’ère de la production industrielle distribuée[1]. Elle va par exemple atteindre le secteur de l’énergie en permettant de plus en plus aux particuliers de devenir fournisseurs. Ce sera pareil pour la fabrication en général. ».

Le dirigeant de La Fabrique évoque enfin pour illustrer son modèle le projet « Open Emploi » pour lequel il vient de recueillir le soutien financier d’Aviva. L’objectif : créer 3 postes pour des personnes exclues de manière autonome, sans aucune subvention publique. « La dotation d’Aviva va nous permettre de documenter le projet et de le rendre disponible en open source », explique Fabrice Poncet. Les emplois permettront de proposer une offre de mobilier sous licence Creative Commons (c’est-à-dire dont les plans sont disponibles sur Internet et pour lesquels les designers sont rémunérés). Les meubles seront ensuite façonnés par une machine à commande numérique évacuant ainsi la partie trop complexe de la fabrication. Les étapes suivantes (ébavurage, ponçage, montage, finition, conditionnement) pourront ainsi être réalisées par des personnes en insertion ou en situation de handicap.

À La Fabrique, les équipes prouvent ainsi que la fabrication de meubles est possible de manière solidaire et collaborative : l’archipel de Fabrice Poncet et de son associé Nicolas Autric est au complet.


[1] « Tout comme l’économie de la troisième révolution industrielle permet à des millions de personnes de produire leur propre énergie, une nouvelle révolution de la fabrication numérique rend aujourd’hui possible de faire de même dans la production de biens durables. À l’ère nouvelle, tout le monde peut être son propre industriel autant que sa propre compagnie d’électricité. Bienvenue dans l’ère de la production industrielle distribuée ». Jérémy Rifkin, La troisième révolution industrielle, Actes Sud, 2013.