Oser pour l’industrie de demain

À la tête de l’entreprise Thimonnier, on peut dire que Sylvie Guinard est revenue de loin. Après avoir simplifié le schéma familial, il lui a fallu se faire une place non pas en tant que « fille » ou « nièce de » mais en devenant un véritable moteur et révélateur de talents. Une mission qu’elle mène en privilégiant le dialogue. Celui qui permet de transmettre l’information utile et de terrain mais aussi celui sans lequel il est impossible de construire la mémoire écrite des bonnes pratiques et du savoir interne.

Chez Thimonnier, 70 personnes se côtoient et collaborent tous les jours. Une petite structure qui permet la proximité et le dialogue. Pour Sylvie Guinard qui échange quotidiennement avec les collaborateurs de l’usine : « Ça ne m’intéresse pas d’enjoliver. Ce qui m’intéresse c’est de donner des infos vraies et utiles. »

L’entreprise se rassemble au complet deux fois par an pour échanger sur les grandes ambitions stratégiques. Le comité d’entreprise est également monté en compétences pour encourager le dialogue. « Il y a toujours tout plein d’infos qui intéressent le copain. Des infos qui peuvent aider à dimensionner son travail. La communication verbale est extrêmement importante. »

Depuis 2 ans, un autre grand défi pour Sylvie Guinard relève de l’organisation. Avec un savoir–faire de qualité presque artisanal, Thimonnier doit aujourd’hui se professionnaliser et processer davantage l’activité, non seulement en vue d’améliorer la productivité, mais également afin de pouvoir former les nouveaux employés plus facilement. « À la mémoire verbale doit se substituer une mémoire écrite et une identification, pour un meilleur partage, de bonnes pratiques et du savoir interne. »

Enfin, Sylvie Guinard veille à cultiver les talents et leur appétence à se former surtout lorsqu’il s’agit de métiers qui ont vocation à évoluer dans un futur proche. « Avant les gens ne demandaient jamais de formation, aujourd’hui je reçois 294 demandes suite au plan de formation. Les retours vont au-delà de mes espérances, je dois faire un tri parmi les demandes mais c’est tant mieux ! ».

Lorsqu’on évoque la faible présence féminine dans le milieu de l’industrie et de ses dirigeants, Sylvie Guinard reconnaît qu’il y a encore beaucoup à faire. « Maintenant c’est un état de fait. Les hommes sont pourtant vraiment demandeurs. Nous sommes tellement rares dans l’industrie que lorsqu’une femme débarque dans ces métiers, ils se disent qu’elle est 100 fois meilleure qu’un homme ! ». La dirigeante évoque également le potentiel porté par les successions qui s’ouvrent aux candidatures féminines et envoie un message aux femmes : celui de l’audace, l’industrie est un univers fantastique et hyper enrichissant.

« Osez ! Nous n’avons pas forcément la volonté de nous faire valoir à titre personnel, de chercher des mandats… Ce n’est pas dans notre nature. Pourtant le monde de l’entreprise et particulièrement de l’industrie, c’est génial ! C’est peut-être un peu cliché mais me dire que je porte aujourd’hui un flambeau, celui de l’Industrie du futur[1] et de l’excellence technologique, c’est mon cheval de bataille. Un beau cheval de bataille. Et tant mieux si le fait que je sois une femme retient davantage l’attention ! »

[1] Projet national lancé par le Président de la République en 2015 visant à moderniser l’outil industriel français et la transformation de son modèle économique par le numérique. Thimonnier a été distinguée en mai 2016 pour son engagement aux côtés de 8 autres entreprises dans cette démarche.