Roland Jourdain met Explore au service des défricheurs

Double vainqueur de la Route du rhum, le navigateur Roland Jourdain a fondé Kaïros en 2007, une entreprise spécialisée dans la préparation de courses au large. En 2013, il a créé le fonds de dotation Explore, incubateur d’explorations positives pour la planète. Il revient pour Valeurs d’entrepreneurs sur son parcours et ses engagements.

Valeurs d’entrepreneurs : Comment et pourquoi êtes-vous devenu entrepreneur ?

Roland Jourdain : C’était un concours de circonstances et la réponse à un besoin. Depuis mon plus jeune âge, je suis accro à la navigation et cette passion dévorante a nécessité que j’embauche plusieurs personnes pour m’aider à préparer les bateaux destinés à la course, à gérer et déléguer tous les à-côtés. Cette activité a pris de l’ampleur, l’équipe a grossi et il a fallu donner un nom à cette petite entreprise devenue Kaïros.

Vous avez mis l’entrepreneuriat au service de votre passion ?

Oui, c’est vraiment ça, au service de ma passion. Je voulais aussi mettre du sens dans ce que je faisais. Pendant longtemps, mon but ultime était d’aller toujours plus vite et d’être plus performant sur l’eau.

Et puis au milieu des années 2000, un virage s’est opéré en moi.

Je voyais mon terrain de jeu s’abîmer et mes enfants grandir dans un monde où les mers étaient de plus en plus polluées, notamment du fait de l’augmentation du trafic maritime. Je ne pouvais plus rester sans rien faire. Cela a commencé par un questionnement sur les matériaux utilisés pour la construction de mes bateaux et mon impact sur l’environnement. Nous avons alors développé la R&D sur les biomatériaux, des alternatives à la pétrochimie. Puis, avec l’équipage et ma compagne, Sophie Vercelletto, associée co-gérante de l’entreprise Kaïros, nous avons souhaité aller plus loin. La rencontre avec d’autres passionnés nous a poussés à créer le fonds de dotation Explore.

Quel est l’objectif d’Explore ?

Explore est un incubateur d’explorations à impact positif. On pourrait dire que notre activité se situe entre la NASA et le cirque Pinder, l’alliance entre un univers très hightech et un volet un peu plus déstructuré qui laisse toute sa place à l’émulation créative. Nous assurons un accompagnement sur le long terme. L’idée n’est pas de changer de projets soutenus chaque année. Nous en suivons 7 pour le moment auxquels nous apportons notre expertise sur le plan juridique, administratif, sur la gestion de projets. L’idée d’Explore est de replacer le conseil et l’humain au cœur de la chose. Nous épaulons l’explorateur qui monte son projet avec ses hauts et ses bas, comme le coureur au large qui a raté sa course ou celui qui l’a gagnée, mais dont le sponsor le lâche du jour au lendemain. Ce qui compte et aide vraiment les gens, c’est le sens qu’on donne à ce que l’on fait, c’est se serrer les coudes, se donner les bons tuyaux, être dans le collaboratif.

En quoi cela résonne-t-il avec votre expérience de navigateur ?

Au démarrage d’Explore, je me suis replongé trente-cinq ans en arrière, quand dans mon métier de coureur au large, personne ne misait sur nous. Il y avait bien eu des défricheurs comme Tabarly ou d’autres, mais la course au large n’était pas un métier ou une activité reconnue. On n’aurait jamais imaginé avoir des centaines de milliers de personnes au départ de courses comme le Vendée Globe ou la Route du rhum. Et pourtant. Le cahier des charges de l’explorateur de demain et de l’entrepreneur est très proche d’un programme de course au large.

Il y a quelques années, j’aurais bien aimé qu’on me propose un roadbook pour éviter les erreurs, cela m’aurait fait gagner du temps.

L’ambition de départ du projet, et celle qui est toujours là, est donc de soutenir ces gens qui préparent les solutions de demain. Je suis heureux de mettre ma notoriété au service de ces explorateurs.

Aujourd’hui, quel bilan faites-vous d’Explore ?

Dans le milieu de la voile de compétition, où la concurrence et les secrets sont de mises, avancer ensemble n’était pas forcément une évidence. Mais le pari est réussi ! À partir du moment où on commence à changer de regard, on change aussi sa manière d’agir. Ce pas de côté m’a permis de rencontrer des gens, jeunes et moins jeunes, qui faisaient des choses incroyables et avaient besoin d’aide. Grâce à nos mécènes donateurs, nous avons la possibilité de salarier trois personnes au service des projets Explore. Je suis heureux de voir cette mouvance des générations Y et Z, de tous ces jeunes ingénieurs, femmes et hommes qui quittent la pensée unique, le cadre habituel, pour participer à des projets où l’intérêt général prime, et tout cela par passion. C’est un peu comme si on assistait à la transformation de petites vaguelettes en grand houle prête à déferler dans toute la société. Les signaux sont au vert et on s’accroche, au contact de cette jeunesse et de cette énergie, pour rester dans le mouvement. Et c’est un pur bonheur.

En savoir plus sur Explore : https://www.we-explore.org/
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