Ryad Boulanouar « L’envie doit être plus forte que les obstacles »

En janvier 2014, le lancement du compte Nickel bousculait le monde bancaire. Le principe ? Un « compte sans banque » avec borne d’inscription chez les buralistes. L’enregistrement, qui s’effectue avec une carte d’identité et un numéro de téléphone mobile, permet d’accéder à un RIB, une carte bancaire MasterCard prépayée. Il suffit de verser les 20 euros de frais annuels pour en bénéficier et deux options sont ensuite possible pour recharger la carte: effectuer un virement depuis Internet ou déposer du liquide au bureau de tabac. Ce service permet de contourner la complexité de l’ouverture de compte dans les établissements bancaires, notamment pour les personnes les plus précaires. Le service s’est développé de manière exponentielle et compte aujourd’hui 500 000 clients. Derrière ce succès, Ryad Boulanouar et l’inextinguible passion d’entreprendre de cet ingénieur de 43 ans.

Chef de projet billettique pour la SNCF et participation à la création du pass Navigo, directeur technique chez OMI, une SSII spécialisée dans la monétique, vous prenez en 2000 le chemin de l’entrepreneuriat. Pourquoi ?

Pour être libre, me donner la possibilité de créer, à partir de rien, quelque chose qui pourra perdurer. Je suis convaincu que créer est le besoin profond de l’entrepreneur, le reste n’est que prétexte. C’est en tout cas ce qui m’a fait démissionner, quitter mon statut confortable de salarié. J’ai souhaité relancer les dés, me dire qu’il y avait d’autres possibilités que cette trajectoire tracée, même si elle était tout à fait honorable. Les débuts n’ont pas été faciles mais je n’ai jamais regretté.

Vous créez ABM Technologies en 2000 puis la Financière des paiements électroniques en 2012, avec la mise sur le marché de différentes solutions de paiement. Vous avez su inventer, réinventer, quels sont vos moteurs ?

La passion bien sûr mais aussi le doute. Je crois que tous les entrepreneurs doutent et compensent avec beaucoup de travail. J’éprouve un besoin permanent de me réassurer, de me dire que je suis encore capable de créer. Quand un projet se termine je passe à un autre pour éviter l’ennui. Chaque fois une nouvelle aventure commence avec son lot de peurs, de succès, d’échecs et chacune me plonge dans un concentré de vie que je trouve formidable. J’en tire des enseignements. J’ai tendance à me méfier des réussites qui enivrent, à apporter une satisfaction trop rapide alors qu’il faut toujours être vigilant sur ses certitudes. Mes échecs ont été beaucoup plus instructifs car ils nécessitent d’être digérés, analysés  et invitent à un important travail sur son ego et son amour-propre. Cela rend plus fort, on s’affûte et on apprend à s’entourer des bonnes personnes.

J’ai tendance à me méfier des réussites qui enivrent.

L’épuisement ne vous guette jamais ?

Non car cette dynamique est si enrichissante et exaltante qu’elle en est addictive. Les grands entrepreneurs sont de gros travailleurs qui, comme moi, aiment plutôt cette vie non paisible où tout peut arriver. Le problème n’est pas son épuisement personnel mais plutôt celui des proches qui peuvent rapidement s’essouffler face à la cadence. Il est important de tracer une frontière assez stricte entre la vie professionnelle et la vie privée. Quand je rentre retrouver ma famille, je ne pars pas avec mon ordinateur.

Quel est votre meilleur(e) allié(e) ?

Sans aucun doute, la curiosité. J’ai un diplôme d’ingénieur de l’institut national des sciences appliquées de Rennes, mais je suis un autodidacte pour tout le reste.  Je suis curieux de tout, de la graphologie, de la médecine…, je l’étais déjà enfant, je le suis resté même si je me dis souvent que je n’en fait pas assez. Rien n’est impossible, il ne faut jamais dire jamais, je m’attache à transmettre cela à mes enfants. Si on a envie de faire des choses, on se lance, on ne recule pas devant les limites et les faux prétextes. L’envie doit être plus forte que les obstacles et la curiosité est une alliée remarquable.

Si vous deviez évoquer un moment difficile et un beau moment de votre parcours ?

Les passages les plus difficiles sont les périodes où les projets s’étirent sans se concrétiser en démotivant les équipes. On a alors le sentiment d’être le dernier brin de la corde, celui qui tient le tout en attendant que l’ensemble se reconstitue en répétant : « allez, on ne va pas baisser les bras ! ». Quand le doute devient contagieux, c’est terrible. Au contraire, les beaux moments ce sont les sourires, comme ceux qui ont accompagné le passage des 500 000 clients du compte Nickel par exemple. Ces moments où je suis très heureux d’avoir été le dernier petit brin et d’avoir tenu bon.