Stephan Galy : « Savoir apprendre à apprendre est la compétence majeure »

Stephan Galy est un spécialiste de l’entrepreneuriat, notamment au sein de différents incubateurs comme Ronalpia. Il est fondateur d’IRIIG, une école dédiée à l’innovation implantée au cœur de H7, incubateur/accélérateur lyonnais de startups du numérique et lieu totem dela French Tech. Il s’exprime sur la crise liée à la pandémie de Covid-19, IRIIG et le futur de l’entrepreneuriat. 

Que vous inspire la crise en cours et ses conséquences sur la dynamique d’entrepreneuriat ?

Stephan Galy : Il y a une valeur qui est propre à tous les entrepreneurs, c’est l’optimisme. Je ne pense donc pas que cette crise remette en cause l’entrepreneuriat. Mais il est évident qu’un ralentissement aussi important que celui que nous vivons laissera des traces et un certain nombre d’entrepreneurs seront plus impactés que d’autres. Avec l’aide de l’État, j’espère que la plupart des entreprises vont survivre. Un risque est de voir augmenter la fracture entre deux parties de la population. D’un côté, ceux qui veulent entreprendre, pour créer et partager de la richesse, s’épanouir dans un job qui leur plaît. De l’autre, ceux chez qui cette crise va renforcer la recherche de sécurité à outrance, le repli sur soi, le rejet de la faute sur les autres. Une crise renforce les extrêmes.

Je souhaite que la majorité d’entre nous puisse en tirer des leçons positives

Je souhaite que la majorité d’entre nous puisse en tirer des leçons positives et qu’on n’assistera pas à une montée des populismes, comme après la crise de 1929.

Tout cela va-t-il remettre en question la manière dont vous accompagnez les entrepreneurs, les étudiants ?

Pour IRIIG, cela ne va pas changer grand-chose. Elle a été imaginée comme l’école des transformations et celle de la 4ème révolution industrielle avec une constante : la nécessaire adaptation au changement, qui est au cœur de nos enseignements. Ces fondamentaux sont presque renforcés par la crise. À IRIIG, étudiants et professeurs côtoient quotidiennement une population d’entrepreneurs, de jeunes salariés de startups, mais aussi la Frenchtech, les financeurs, les banquiers. Tout cet écosystème donne une vision du monde différente, une émulation et une inspiration permanentes.

Quelle sont selon vous les clés pour dynamiser l’entrepreneuriat ?

La 4ème révolution industrielle démarrée il y a près de huit ans va certainement durer encore une petite trentaine d’années. L’essor du Big Data, associé à nos puissances de calcul, vont nous permettre de faire des bonds prodigieux en matière de génétique, de chimie des matériaux, de nanotechnologie, etc. On va vivre une belle période sur le plan des transformations avec un impact social et sociétal fort.
Dans ce contexte, on ne peut pas prétendre qu’une compétence technique suffira et garantira seule une réussite professionnelle durable.

Même un médecin sait que ses compétences ne sont pas suffisantes

Même un médecin sait que ses compétences ne sont pas suffisantes, qu’à un moment donné, il devra se reformer, évoluer, s’adapter, être capable d’utiliser la technologie. On estime que 60% des métiers d’ici 2030 vont être fortement impactés et transformés. C’est pour cette raison qu’à IRIIG, on a basé notre pédagogie sur deux piliers : l’expérimentation en situation réelle, et ce qu’on appelle les quatre C : Créativité, esprit Critique, Communication, Coopération. Ce sont les quatre « sous-compétences » clés de la compétence majeure, celle de savoir apprendre à apprendre.

Quelles sont les valeurs qui sont selon vous fondamentales déterminantes ?

La première est l’engagement, qui a le mérite de garantir la performance, l’excellence. Chacun doit donner le meilleur de lui-même, mais au regard d’un projet de vie et d’un projet professionnel construit et anticipé. C’est aussi une manière de remplacer l’élitisme qui préfigure dans beaucoup de systèmes universitaires et notamment de grandes écoles.
La deuxième valeur est l’agilité, derrière laquelle il y a d’abord la résilience, à savoir l’acceptation de l’échec et le rebond. C’est aussi la conscience de la nécessité de comprendre pourquoi on a échoué ou réussi, pour se projeter dans l’avenir. La troisième valeur est la vision, la capacité à se projeter, à voir à long terme pour anticiper. Dans cette crise, c’est d’ailleurs ce que j’essaie de recommander : gérer le quotidien des équipes, des clients, tout en pensant à ce qui va se passer dans quelques mois, quelques années. Car transformer, c’est anticiper les besoins futurs de ses clients.

En savoir plus sur l’IRIIG : www.iriig.com/

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