Thierry Marx ou comment donner l’envie d’entreprendre ?

Dans cette seconde partie, Thierry Marx, chantre de l’entreprise sociale, revient pour Valeurs d’Entrepreneurs sur ses méthodes de management et nous expose ses idées pour libérer l’entrepreneuriat auprès des jeunes. Loin des images d’Epinal du chef autoritaire, Thierry Marx prône une relation managériale entre écoute et responsabilité.

Le dialogue est central dans votre vision du management ?

On fait tous le constat d’une accélération dans le monde du travail : une course effrénée à la productivité qui s’oppose à une nécessité de dialogue. Le chef d’entreprise doit prendre du temps pour dialoguer, pour mettre en place de véritables moments de rencontre. il faut être proche de ses collaborateurs, il faut même être vraiment très proche. C’est essentiel afin que l’information descende et remonte, de façon régulière. C’est ce que l’on a oublié, je pense. Le monde s’est accéléré depuis 20 ans. En 1997, on met les ordinateurs en réseaux et en 2014, on réserve une chambre d’hôtel avec son Smartphone.

Ce qu’il faut retenir de ces bouleversements, c’est l’adaptabilité. Au niveau du management, cela implique plus de souplesse, et plus d’efficacité. Pour permettre à ses équipes d’affronter l’instabilité du monde et des marchés. Cela ne fonctionne que si l’entreprise fait corps, accepte les trous d’air et une dose d’incertitude. S’il n’y a pas ces liens en interne. entre les collaborateurs et le projet, alors l’entreprise se retrouve en perte de vitesse.

Vous êtes ceinture noire de Judo. En quoi le sport vous aide-t-il au quotidien et en quoi cela inspire-t-il dans votre management au quotidien ?

Le sport amène sérénité et équilibre, au-delà du défi physique. Je pense particulièrement au judo. Dans les bureaux, j’ai fait accrocher le code d’honneur du judo, qui prône des valeurs telles le courage, la modestie, la politesse, l’honneur, le respect. C’est ce que m’a enseigné le judo, et c’est ce que j’essaie de partager avec mes équipes. J’essaie plus globalement de partager la pratique du sport, car c’est quelque chose de réellement important pour moi.On a mis en place au Mandarin Oriental des cours de Taï-chi par exemple, que l’on peut pratiquer ensemble, entre collaborateurs. on passe une demi-heure ensemble, ce n’est pas obligatoire, mais c’es t un moment sympa, en- dehors de toute compétition et de toutes idée de domination.

On est loin de l’image militaire de la cuisine…

C’est vrai qu’au départ, les cuisiniers sont des officiers du roi, des Officiers de la Bouche du Roi, plus précisément. C’est une tradition qui s’est perpétuée, et qui explique pourquoi on parle de brigade, avec des fonctionnements très hiérarchisés. Selon moi, un chef de cuisine, c’est un chef d’entreprise. Il a des périodes de rêve, où il imagine des plats comme des produits, et des temps où il redevient un chef pour en assurer l’exécution.
En cuisine comme ailleurs, l’important c’est de savoir faire, de savoir faire faire et de faire savoir. Les collaborateurs vous suivent uniquement s’ils adhérent au projet du chef. Ce n’est pas tellement différent d’une entreprise. La seule chose, c’est que deux fois par jours lors des services, pendant 4 heures de tension, tout le monde est mis sous pression.

Ce qui implique une gestion du stress spécifique ?

Il faut anticiper les choses, savoir déléguer et contrôler, pour éviter les abandons de pouvoir. La vérification est nécessaire de la part d’un patron, pour être sûr que les collaborateurs sont prêts à affronter le service, et à l’assurer de manière sereine. Après, le contrôle ne veut pas dire qu’il faut se focaliser uniquement sur les problèmes. Je ne cherche jamais de responsable, en cas de problème, mais une solution. Quand une tuile arrive, plutôt que de perdre du temps à réprimander, je cherche une solution. On en parle après, mais de manière plus sereine, car on a trouvé une solution et ce n’est pas si grave. Il faut arriver à créer une zone d’activité la moins anxiogène possible, pour arriver à fournir un service de qualité.

L’opportunité plutôt que l’erreur, donc ?

Oui, c’est un point très important. Je ne veux pas voir ou lire de rapports d’erreur. Je veux voir des rapports d’opportunités, où l’on analyse pourquoi on est arrivé dans cette situation et comment on la résout à l’avenir, pour qu’elle ne se reproduise plus. Le rapport d’erreur, c’est une forme de dramaturgie de l’échec, où l’on n’est jamais vraiment sincère. En réfléchissant en termes d’opportunité, on a considérablement diminué la pression sur les collaborateurs.

Comment inciter les jeunes au fait d’entreprendre, aujourd’hui ?

Personnellement, je parraine des jeunes qui ont des projets d’entreprise (projet Cuisine Mode d’Emploi). Il est très important de prendre sa vie en main, et de ne pas compter sur le voisin, ni d’attendre d’avoir tout réuni pour s’engager. Il faut pour cela une dose d’inconscient mais d’inconscient positif, pour franchir cette première marche. C’est souvent compliqué, et c’est pour cela qu’il faut pousser, encourager à entreprendre. Notre société irait beaucoup mieux s’il y avait plus d’entrepreneurs.

Comment faire ?

C’est un travail citoyen et chacun a sa part de responsabilité. L’école, l’entrepreneur, le citoyen, qui doit se demander s’il doit compter sur l’Etat ou sur lui. Il faut croire en son projet, ne pas écouter les sirènes négatives. Du côté de la puissance publique, il faut aider et mettre des garde-fous, pour que les jeunes entrepreneurs s’épanouissent. Il faut notamment continuer à pousser nos gouvernants pour qu’ils simplifient l’entreprise. Il en va de notre survie. Monter une boite, ça doit être facile ! Quand j’ai monté ma première entreprise, je n’avais pas encore commencé que je devais déjà de l’argent. C’est angoissant, de ne pas encore avoir un client et de devoir déjà trois ou quatre mille euros à l’Ursaaf. Il faut donner de l’oxygène !