Valeurs en chaîne

Entré comme équipier chez McDonald’s en 1980 pour payer ses études, Gérard Touilloux dirige, 32 ans plus tard, 14 restaurants. Ce quinqua – très – discret, doté d’une chaîne de valeurs à la place de la colonne vertébrale, essaie, sans relâche et sans bruit, de faire de son entreprise un lieu possible de développement pour chacun de ses collaborateurs. Pétri d’humanité, Gérard Touilloux ne boude pas son plaisir de raconter quelques-unes des histoires de réussites « à l’américaine » comme il en advient dans ses restaurants. Il en est fier mais ne s’en vante pas. Et au travers de toutes ces histoires on en lit une qu’il ne raconte jamais : la sienne.

Est-on un «vrai » entrepreneur quand on prend la tête d’une société à l’intérieur d’un groupe comme McDo ?

Une enseigne apporte une réputation, un savoir-faire et une image à celui qui entreprend sous sa bannière. Mais celui qui « fait » le quotidien est celui qui se trouve à la tête de l’entreprise, qui gère les équipes. La seule différence avec un entrepreneur « traditionnel », c’est qu’un franchisé comme moi se sent moins seul et que l’émulation est plus forte : en France, chez Mc Do, nous sommes 300 avec les mêmes questionnements, les mêmes soucis, mais nous avons une enseigne pour nous accompagner. Nous sommes de vrais entrepreneurs.

Jouissez-vous de la même liberté que celle de n’importe quel autre entrepreneur ?

Ma liberté est totale, sauf pour ce qui concerne le produit : la force de l’enseigne est de garantir à ses clients un même produit, répondant aux mêmes standards de qualité, partout. En revanche, je peux en fixer le prix de vente. Pour le reste, dans les limites de la loi et du respect de la concurrence, je suis libre de développer, d’investir, d’agrandir, d’organiser des formations… Nous sommes encadrés, en matière d’informatique ou de marketing, par exemple, mais le groupe est organisé de sorte à ce que nous ayons un vrai droit de regard sur ces questions.

La prise de risque est-elle la même ?

Non parce que, même si rien n’est écrit en ce sens, nous savons que l’enseigne nous aidera, en cas de difficulté majeure. Nous avons cette vraie chance de ne pas être seuls.

Vos valeurs sont–elles toujours en phase avec celles du groupe ?

Mes valeurs sont plus prégnantes que celles du groupe. Les valeurs de McDo, qui véhiculent une image positive partout dans le monde, sont entre autres : le respect des salariés, l’honnêteté intellectuelle. C’est un étendard, mais les valeurs du groupe sont portées, entre autres, en France, par les 300 franchisés qui dirigent les restaurants. Nos valeurs sont simples : transparence, volonté de développer les hommes et les femmes avec qui nous travaillons et nous mettons beaucoup d’éthique dans tout ce que nous réalisons. Nous croyons en l’entreprise, en ses ressources humaines, à la formation, nous adoptons une conduite foncièrement honnête dans l’approche de nos collaborateurs, nous travaillons sur la nutrition, l’environnement. Le grand public l’ignore mais nous travaillons très sérieusement sur ces sujets. En France, nous avons par exemple, de bons rapports avec les agriculteurs avec qui nous avons signé des contrats de long terme car nous sommes aussi des partenaires fidèles. Nous avons des valeurs presque simples…

Sur le plan social et sociétal, qu’avez-vous mis en place ?

Notre réussite passe par la qualité de ce que nous instaurons sur ce plan là notamment. Chez McDonalds, 80 % des contrats de travail sont des CDI. Dans mes restaurants 100 % le sont. Bien sûr, ce sont beaucoup de temps partiels mais, à moins que l’équipier n’en fasse la demande, nous lui proposons un contrat minimum de 22 heures. Notre politique est également d’embaucher dans le périmètre de nos restaurants car McDonald’s est le restaurant du quartier : c’est une façon de « rendre » aux habitants ce qu’ils dépensent chez nous. C’est une exigence que nous avons également dans les quartiers difficiles où nous privilégions les compétences aux diplômes.

Vous investissez beaucoup en formation ?

Nous avons beaucoup travaillé sur la VAE –validation des acquis de l’expérience – pour nos directrices et directeurs de restaurants, par exemple. Si quelqu’un a le potentiel mais pas le niveau d’études, nous lui permettons d’obtenir un diplôme de niveau Bac + 3 en finançant sa formation en école de commerce. Nous avons d’ailleurs un taux de réussite de 90 % ! Evidemment, une fois diplômé, il peut avoir envie de nous quitter… Mais ça n’est pas gênant : nous en sommes fiers ! Nous venons de déployer cette opportunité en faveur de nos équipiers à qui nous proposons de passer un CAP de restauration rapide, en étant coachés par l’entreprise. Il faut garder à l’esprit que 80 % du personnel d’encadrement, chez McDonald’s, sont issus de la promotion interne. Pour ma part je propose, depuis des années, d’autres formations que celles dispensées par McDonald’s : gestion du stress, prise de parole en public… J’ai toujours eu cette volonté de faire évoluer les gens par le biais de la formation. J’ai d’ailleurs une personne dédiée à la formation dans mon entreprise pour accueillir les nouveaux arrivants, les former, s’assurer de leur intégration, effectuer leur suivi. Ceci s’applique également à l’étudiant qui peut venir travailler chez nous 10h/semaine.

Et vous travaillez beaucoup sur la diversité…

Nous sommes par exemple, engagés aux côtés de Sport dans la Ville ce qui nous a amenés à recruter parfois des jeunes qu’on n’aurait peut-être pas embauchés a priori. On se bat pour recruter des personnes handicapées et nous sommes au taux légal. Nous adoptons la même attitude vis-à-vis des seniors : nous avons embauché une dame de 60 ans à l’accueil dans l’un de nos restaurants. Elle est très satisfaite et ça donne une autre image, ça bouscule les clichés ! Notre entreprise est comme les autres, avec des gens qui y effectuent de vrais parcours professionnels. Je peux aussi vous parler d’une femme de ménage devenue hôtesse principale, par exemple. Nous avons des dizaines d’histoires de réussite « à l’américaine » ! En fait, nous essayons d’être irréprochables au niveau éthique : tout le monde peut travailler chez nous et si quelqu’un travaille bien, nous saurons le détecter, le former s’il le faut et le faire évoluer. Tout est possible… pas pour tout le monde : c’est aussi la vraie vie.

Auriez-vous pu travailler pour n’importe quelle enseigne ?

Il est sûr qu’il faut être à l’aise sur le produit, en phase avec la stratégie et l’éthique ! Mais McDonald’s a des valeurs universelles…